Voir sur la carte interactive
Place de la Porte-de-Saint-Cloud

Place de la Porte-de-Saint-Cloud

place de la Porte-de-Saint-Cloud, Paris 16e

L'Envolée de l'Architecte

La porte de Saint-Cloud, jadis élément de l'enceinte de Thiers, cette formidable cicatrice défensive ceinturant Paris, se transforme au début du XXe siècle en une simple figure toponymique. Sa métamorphose en une place urbaine, en 1928, sur les décombres des bastions 65 et 66, révèle l'ambition d'une capitale cherchant à effacer les marques de son passé militaire pour affirmer une modernité urbaine. Le processus, achevé par sa dénomination officielle en 1929 et son classement en voirie parisienne en 1932, est symptomatique de cette période d'expansion et de rationalisation du tissu urbain. Au cœur de ce carrefour, le jardin du rond-point de la Porte-de-Saint-Cloud, avec ses fontaines érigées en 1936, offre un point d'ancrage visuel et une respiration, une tentative de domesticité au sein d'un espace avant tout conçu comme un exutoire au flux automobile. Il est à noter que cette place, fruit d'un pragmatisme urbanistique de l'entre-deux-guerres, a été dûment estampillée du label « Patrimoine du XXe siècle », une reconnaissance qui, sans verser dans l'admiration, souligne son rôle dans l'évolution de la morphologie parisienne. Ce qui confère peut-être le plus de caractère singulier à cet espace fut, pendant près d'un demi-siècle, la présence de trois figures animales monumentales, rescapées de l'Exposition universelle de 1878 : le Cheval à la Herse de Pierre Louis Rouillard, le Jeune éléphant pris au piège d'Emmanuel Frémiet et le Rhinocéros d'Henri-Alfred Jacquemart. Ces œuvres, initialement conçues pour le jardin du palais du Trocadéro, un écrin voué à l'exaltation impériale et coloniale, trouvèrent ici, à partir de 1935, un asile inattendu. Leur migration de la fastueuse colline de Chaillot vers la périphérie ouest de la capitale est un témoignage éloquent des caprices du réemploi urbain. Ces symboles d'une monumentalité académique et d'une fascination pour l'exotisme se sont mués en gardiens d'un rond-point, avant de connaître une ultime transhumance vers le parvis du musée d'Orsay en 1986, après une restauration salvatrice. Un parcours révélant la volatilité de la destination des œuvres d'art dans l'espace public, oscillant entre simple ornementation urbaine et réintégration dans un panthéon muséal. La proximité de l'église Sainte-Jeanne-de-Chantal, avec son style caractéristique de l'architecture religieuse de cette même période, ajoute une couche de lecture à ce topos urbain. L'ensemble dépeint un fragment de Paris où les strates historiques s'entremêlent, souvent par nécessité, parfois par un hasard que l'on voudrait orchestré. Les récents aménagements du début des années 2020 témoignent, s'il en était besoin, de l'éternel chantier qu'est la ville, perpétuellement en quête d'un équilibre entre sa mémoire et les exigences fonctionnelles contemporaines. Un équilibre rarement atteint, toujours précaire.