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Église Saint-Joseph

Église Saint-Joseph

126 rue Paradis, Marseille

L'Envolée de l'Architecte

L'église Saint-Joseph, sise rue Paradis à Marseille, témoigne de la poussée urbaine du début du XIXe siècle, nécessitant de nouvelles structures paroissiales. Son édification, autorisée en 1831 par l'évêque de Mazenod, fut l'œuvre de l'architecte Pascal Coste, qui la conçut sur un plan basilical, une filiation évidente avec Saint-Lazare, son contemporain. Initialement financée par des souscriptions privées et un don épiscopal, sa construction s'étira, faute de ressources suffisantes. Les services furent d'ailleurs assurés un temps par une chapelle grecque catholique, une contingence peu commune pour un édifice destiné à la primauté latine. La municipalité dut intervenir en 1853, acquérant l'église pour en achever les travaux. Cette intervention tardive explique sans doute la nudité de la façade et de l'intérieur lors de sa consécration en 1855. La façade, finalisée seulement en 1864 sous la direction de Joseph Ferrié, mais toujours selon les desseins de Coste, arbore ainsi six colonnes à chapiteaux corinthiens, un geste d'ordonnancement classique qui masquait des débuts plus modestes. L'intérieur, quant à lui, fut progressivement habillé, d'abord par les peintures d'Orsini en 1859, puis complété par d'autres œuvres jusqu'en 1925. Le vaisseau principal, long de quarante mètres et large d'une douzaine, est flanqué de deux collatéraux. Ceux-ci sont séparés par des arcades élégantes, surmontées d'une frise à rinceaux et de verrières encadrées de pilastres, partant d'une corniche à denticules. C'est dans ce cadre que s'inscrit le chœur, dont le maître-autel, fruit d'un don de la notable femme d'affaires marseillaise Madame Noilly-Prat en 1897, fut réalisé en marbre polychrome par Jules Cantini d'après un dessin de Louis Sainte-Marie-Perrin. Un ciborium imposant, prenant la forme d'un arc de triomphe, soutenu par dix colonnes de marbre rouge de Numidie et orné de caissons dorés, le domine, abritant une statue de saint Joseph. La tribune d'orgue et son plafond à caissons, réalisés en 1868 par Henri-Jacques Espérandieu, encadrent des toiles d'Orsini. L'instrument lui-même, un grand orgue de tribune, est l'œuvre d'Aristide Cavaillé-Coll, succédant à un Callinet. Sa construction, contemporaine de celle de Notre-Dame de Paris par le même facteur, lui confère une stature singulière. Il connut de multiples modifications et restaurations au fil des décennies, de Mader à Chenet, témoignant des évolutions organistiques et des modes. Un orgue de chœur de François Mader de 1896, malheureusement muet depuis 1988, complète la dotation musicale. Il est à noter que le compositeur Edmond Audran fut organiste ici avant sa célébrité. Les chapelles latérales regorgent de détails picturaux et sculpturaux. Les fonts baptismaux, par exemple, sont un ensemble complexe de 1931, mêlant marbre lambrissé, drapés peints et allusions bibliques, tel Moïse faisant jaillir l'eau ou l'arche de Noé sur un fronton. La cuve baptismale, ornée de poissons aux formes singulières, rappelle l'ancien symbole chrétien de l'Ichtus, sans fioritures interprétatives. La profusion des fresques de Charles Varade et Jean Sari, déclinant des thèmes évangéliques, achève de décorer ces espaces. L'édifice, classé monument historique depuis 1999, a malheureusement été contraint à une fermeture en 2016 en raison de désordres structurels. Après une première tranche de consolidation, il fut rouvert en mai 2023, mais sa pleine restauration reste un défi, illustrant les vicissitudes de l'entretien du patrimoine. Malgré cela, sa qualité acoustique lui vaut d'accueillir des concerts, prolongeant ainsi sa vocation culturelle au-delà de sa fonction première.