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Hôtel Liebert de Nitray

Hôtel Liebert de Nitray

15 place François-Sicard, Tours

L'Envolée de l'Architecte

L'hôtel Liébert de Nitray, discrètement enchâssé au cœur du Vieux-Tours, ne révèle sa substance qu'à l'observateur averti. Son implantation, sur l'emplacement même de l'ancien couvent de l'Annonciade, suggère une histoire de réappropriation urbaine, typique des ambitions de la haute bourgeoisie et de la noblesse de robe au XVIIe ou XVIIIe siècle. L'édifice fut commandité par Gilles Lefebvre, contrôleur ordinaire des guerres, et son épouse Catherine Thoisnier. La position de contrôleur impliquait une fortune certaine et un statut exigeant une demeure qui, sans verser dans l'ostentation baroque, affirmerait une dignité sobre et une convenance classique. L'architecte, dont le nom nous échappe, a probablement conçu un hôtel particulier selon les canons de l'époque : une façade sur rue relativement fermée, annonçant une cour d'honneur où l'ordonnancement s'affirme davantage par la symétrie des percements et la modénature discrète. Le passage de la sphère publique à l'intimité du logis s'opère par cette transition classique entre la rue, la cour et le jardin, dont on peut supposer l'existence à l'arrière, offrant une échappée verdoyante. Les matériaux employés devaient être ceux du pays, le tuffeau blanc, gage d'élégance et de durabilité, peut-être rehaussé d'ardoise pour les toitures. Il est intéressant de noter que Lefebvre fut également à l'origine de l'hôtel Lefebvre de Montifray, aujourd'hui connu sous le nom d'hôtel Mame. Cette double entreprise témoigne d'un goût certain pour l'architecture classique et d'une volonté d'établir un patrimoine durable, exprimant une position sociale établie. La facture de ces hôtels, s'ils se conforment à une certaine uniformité dans les canons du temps, sait néanmoins se distinguer par la qualité de leur exécution. L'édifice a connu une seconde vie notable en étant le domicile du chirurgien Sébastien Paul Guillaume-Louis de 1911 à 1957. Cette occupation par une figure éminente de la profession médicale souligne la pérennité de l'hôtel en tant que résidence de prestige, capable d'accueillir les successions de notables, adaptant ses fonctions sans altérer fondamentalement son esprit. L'inscription au titre des monuments historiques en 1946 vient consacrer non pas une audace stylistique fulgurante, mais la valeur patrimoniale d'un témoin exemplaire de l'architecture résidentielle tourangelle, dont l'élégance tient à sa retenue et à son adéquation parfaite entre programme et expression formelle.