19 rue de Surène, Paris 8e
Le Théâtre de la Madeleine, niché au 19, rue de Surène, ne s'impose pas par une façade d'apparat rivalisant avec les institutions subventionnées. Son architecture, datant de 1924 et signée Robert Trébor et André Brûlé, procède davantage d'une réaffectation ingénieuse que d'une ambition stylistique démesurée. L'édifice s'est élevé sur l'emplacement d'un ancien manège, cette genèse dictant une contrainte spatiale que les architectes ont convertie en opportunité fonctionnelle. La volumétrie de l'existant a sans doute conditionné l'ordonnancement intérieur, privilégiant la salle et ses exigences acoustiques au détriment d'une ostentation extérieure, laquelle s'intègre avec une discrétion quasi-vernaculaire dans le tissu haussmannien. Il ne s'agit pas ici d'une démonstration des courants novateurs de l'Art Déco naissant, mais plutôt d'un éclectisme pragmatique, soucieux de créer un espace performant sans la magnificence des budgets d'État. L'essence de son architecture réside dans son adaptabilité à la fonction théâtrale, un écrin sobre pour des drames souvent flamboyants. Le destin de ce théâtre se lit moins dans ses pierres que dans le prestige des noms qui ont foulé sa scène ou dirigé ses destinées. Dès 1925, il s'illustre en accueillant la première pièce de Marcel Pagnol, « Les Marchands de gloire », le catapultant d'emblée dans le cercle prisé des scènes parisiennes. Mais c'est sans conteste Sacha Guitry qui imprime sa marque la plus durable, faisant du lieu son théâtre attitré de 1930 à 1944. On peut aisément imaginer l'ambiance particulière de ces années, où l'esprit mordant de Guitry imprégnait les murs, transformant chaque lever de rideau en un événement mondain et culturel attendu, reflet d'une certaine quintessence parisienne. Au fil des décennies, des directeurs successifs, d'André Roussin à Simone Valère et Jean Desailly – dont la programmation méticuleuse révèle une prédilection pour un répertoire exigeant, mêlant classiques et œuvres contemporaines –, puis Frédéric Franck, Stéphane Lissner, et plus récemment Jean-Claude Camus, ont maintenu la vocation de ce théâtre privé. La richesse de la programmation, jalonnée par des interprètes de renom tels que Jean Marais, Edwige Feuillère, ou plus récemment Fanny Ardant et André Dussollier, a assuré sa pérennité. L'adhésion en 2010 aux « Théâtres parisiens associés » est un indicateur des compromis économiques nécessaires à la survie de ces structures. Aujourd'hui, sous la direction artistique de Philippe Lellouche, le Théâtre de la Madeleine continue d'offrir une scène essentielle à la création et à l'interprétation, prouvant que la véritable grandeur d'un édifice réside parfois moins dans son apparat que dans sa capacité à faire vibrer l'esprit humain, représentation après représentation.