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Hôtel-Dieu

Hôtel-Dieu

6 place Daviel, Marseille

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel-Dieu de Marseille, jadis lieu de charité et de soin, offre une lecture intéressante des ambitions architecturales du XVIIIe siècle confrontées aux réalités financières et fonctionnelles. Érigé à partir de 1753 selon les plans du petit-fils de Mansart, Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne, cet édifice témoigne d'une volonté d'affirmation. Mansart de Sagonne visait, par la dimension et la rigueur de son ordonnancement, à rivaliser avec les prestigieuses réalisations de ses contemporains de l'Académie royale, tel Soufflot à Lyon. Une entreprise des plus sérieuses pour l'époque. La gestion locale des travaux fut confiée à l'architecte marseillais Claude-Henri-Jacques d'Ageville, qui, sous la pression des recteurs de l'établissement, se permit quelques aménagements. Il modifia notamment la surface dévolue aux espaces de soin et redessina les escaliers latéraux de la cour, ceux-ci étant finalement établis entre 1780 et 1785 par Esprit-Joseph Brun. L'ambition initiale, malheureusement, se heurta aux contingences pécuniaires : moins de la moitié du projet grandiloquent fut achevée en 1788, laissant une œuvre inachevée, reflet des limites des trésoreries d'alors. Il fallut attendre le Second Empire pour que l'Hôtel-Dieu prenne sa configuration actuelle. Entre 1860 et 1866, Félix Blanchet, architecte des hôpitaux marseillais, prolongea l'aile gauche, ajouta des pavillons aux extrémités et rehaussa l'ensemble d'un étage. Son intervention fut particulièrement pertinente dans l'assainissement des abords : il dégagea l'édifice des taudis qui l'étouffaient, lui restituant ainsi l'air, la lumière et une accessibilité digne de son statut, loin des porteurs de litières d'antan. L'inauguration en 1866 par Napoléon III, jour de fête de l'impératrice Eugénie, conféra à l'achèvement une solennité impériale. Au-delà de sa structure, l'Hôtel-Dieu se distingue aussi par une particularité sous l'Ancien Régime : le soin des malades y était confié à un personnel exclusivement laïc, une singularité notable par rapport aux autres hôpitaux français. L'établissement abrita également une école de chirurgie dès le XVIIIe siècle, puis une école secondaire de médecine, formant ainsi des générations de praticiens et de paramédicaux jusqu'en 2006. Ce monument, témoin d'une histoire médicale séculaire, s'est vu récemment réincarné en établissement hôtelier de luxe en 2013, une conversion qui, pour certains, signale la mutation inéluctable de notre patrimoine face aux impératifs économiques du temps présent, transformant la fonction de l'accueil et du soin en celle du service et du confort commercial. Une évolution qui ne manque pas d'interroger la pérennité de l'esprit des lieux.