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Église du Gesù

Église du Gesù

22 bis rue des Fleurs, Toulouse

L'Envolée de l'Architecte

L'église du Gesù à Toulouse, si elle porte le nom de sa prestigieuse homonyme romaine, se dresse comme un témoignage singulier du renouveau jésuite post-Révolutionnaire en France, érigée entre 1854 et 1861. L'architecte Henri Bach, en optant pour un style néo-gothique, a manifesté une volonté de s'inscrire dans une lignée historique, offrant une architecture qui, bien que respectable dans ses proportions – cinquante-deux mètres de long, vingt-trois sous les voûtes –, manque parfois de la spontanéité des œuvres originales. Il est curieux de noter que pour asseoir cette édification, les Pères n'hésitèrent pas à raser d'anciens vestiges gallo-romains, une pragmatique assertion de présence qui efface les strates d'histoire au profit d'une nouvelle ère de la Compagnie. L'extérieur, dépouillé et de brique, pourrait être perçu comme une humilité feinte, tandis que l'intérieur révèle une exubérance polychrome, typique d'un néo-gothique méridional qui ne se refuse rien en matière de décors peints à la cire par Auguste Bach. Cette richesse intérieure, des vitraux de Louis-Victor Gesta financés par l'opulente bourgeoisie toulousaine, au maître-autel de chêne de Kreyenbielh, contraste avec la relative austérité extérieure. L'orgue monumental d'Aristide Cavaillé-Coll, installé dès 1864, demeure la pièce maîtresse, un chef-d'œuvre de facture qui justifie à lui seul la récente conversion de l'édifice. Fermée puis rouverte au gré des vicissitudes politiques du XIXe et XXe siècles, l'église connut un destin particulier. Sa désacralisation en 2000 et sa transformation en salle de concert dédiée à l'orgue par la Mairie de Toulouse, après les restaurations nécessaires suite à l'explosion d'AZF en 2001, illustrent la capacité d'un monument à trouver une nouvelle vocation, passant du sacré au culturel, sans pour autant renier son passé. Elle accueille désormais des mélomanes plutôt que des fidèles, ses voûtes résonnant aux accords de l'orgue plutôt qu'aux cantiques, une évolution qui souligne la pragmatique adaptation du patrimoine religieux à la vie contemporaine.