Voir sur la carte interactive
Hôtel de préfecture des Hauts-de-Seine

Hôtel de préfecture des Hauts-de-Seine

167-177 avenue Joliot-Curie, Nanterre

L'Envolée de l'Architecte

Envisager la préfecture des Hauts-de-Seine à Nanterre, c'est aborder une certaine forme de la monumentalité administrative, un geste architectural qui, par sa verticalité revendiquée, s'inscrit avec une éloquence parfois austère dans le paysage de la banlieue ouest parisienne. Conçu par André Wogenscky, disciple de Le Corbusier, cet édifice de 25 étages culminant à 113 mètres témoigne de l'ambition des années 1970, période où la décentralisation de l'État s'opérait avec des structures aussi massives que fonctionnelles. La composition architecturale de l'ensemble adopte le vocabulaire du « socle / bloc » : un embase carrée, supportant une tour élancée, logeant l'essentiel des bureaux. Cette configuration, classique pour les IGH de cette époque, dégage une impression de puissance et d'efficacité. La dialectique entre le plein et le vide s'y exprime par de larges surfaces de béton – matériau de prédilection de la filiation corbuséenne – percées de baies alignées qui confèrent à l'ensemble une rigueur, sinon une certaine froideur, caractéristique du brutalisme souvent associé à l'architecture d'État de l'après-guerre. La construction sur pieux, dictée par la proximité d'une nappe phréatique et d'anciennes champignonnières, révèle les défis techniques de l'époque et la volonté de s'affranchir des contraintes du site. L'intérieur recèle des particularités, telle la « Salle Chateaubriand », ancienne salle du conseil général, dont la forme amphithéâtrale est explicitement inspirée d'une œuvre de Marta Pan, sculptrice de renom et épouse de l'architecte. C'est là une incursion de l'art dans la fonction, un écho à la vision de Le Corbusier d'une synthèse des arts. Wogenscky, épaulé par l'urbaniste Henri Chauvet, ne s'est pas contenté de cet édifice ; il a également adjoint le Palais de justice, achevé en 1974, créant ainsi un véritable pôle administratif dont la cohérence formelle est indéniable, même si la réhabilitation ultérieure a pu en altérer quelque peu la patine originelle. Il est intéressant de noter que ce bâtiment, destiné à l'origine à héberger le musée du XXe siècle, un projet d'André Malraux, fut finalement dévolu à l'administration préfectorale, un destin somme toute plus pragmatique. Cette reconversion illustre les aléas des grandes commandes publiques. L'on se souvient de l'article du journal Le Monde titré « Préfecture en solitude » lors de son inauguration, une formule qui, au-delà de sa poésie, pointait sans doute l'isolement relatif de cette œuvre monumentale dans un paysage alors en pleine mutation. Pourtant, avec le temps, son inscription partielle au titre des monuments historiques en 2019 atteste d'une reconnaissance tardive, mais significative, de sa valeur patrimoniale et de son statut d'icône d'une époque, d'un style, et d'une conception de l'État.