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Fontaine des Jacobins

Fontaine des Jacobins

Place des Jacobins, 2e arrondissement, Lyon

L'Envolée de l'Architecte

La place des Jacobins, à Lyon, n'est pas tant une simple esplanade qu'une succession de strates historiques où chaque époque a laissé son empreinte avec une désinvolture parfois brutale. Le site, autrefois modeste "place Confort", un nom qui inspira à Rabelais l'évocation des "bavards de Confort", doit aujourd'hui son appellation aux Dominicains, ou "Jacobins", dont le couvent occupait jadis le flanc sud. Avant d'accueillir la fontaine que l'on observe, cet espace a vu s'élever et s'effondrer nombre de structures, depuis un obélisque pyramidal du XVIe siècle jusqu'à une fontaine du XVIIIe, signe d'une quête perpétuelle d'un point focal. L'ancienne église des Jacobins, édifiée au XVe siècle grâce aux largesses de la "nation florentine", fut ainsi démolie entre 1817 et 1822 pour dégager la perspective de la cour de la préfecture, installée dans le couvent voisin. Un pragmatisme fonctionnel qui ne s'embarrasse guère de la préservation du patrimoine médiéval. Sous le Second Empire, la place connaît une recomposition radicale. Sa forme triangulaire originelle cède la place à un trapèze plus conforme aux exigences d'un urbanisme haussmannien. C'est à cette époque que l'on tente d'y installer un monument à la gloire du préfet Claude-Marius Vaïsse, une œuvre de Tony Desjardins, dont la statue, jugée excessivement large et manifestement impopulaire, fut finalement dissimulée puis refondue après la chute de l'Empire en 1870. Une anecdote édifiante sur la fragilité de la commande publique face aux revirements politiques. C'est donc dans ce contexte de table rase et d'échec monumental que s'inscrit la genèse de la fontaine actuelle. En 1877, un concours est lancé, aboutissant au choix de Gaspard André, dont le projet "Art", bien qu'initialement second prix, fut retenu pour sa conception définitive. Le monument, inauguré le 14 juillet 1885, se déploie sur une base quadrangulaire, ornée de figures sculptées par Degeorges. Il célèbre non pas un pouvoir politique éphémère, mais des figures tutélaires des arts et de l'architecture lyonnaise : Guillaume Coustou, Gérard Audran, Philibert Delorme et Hippolyte Flandrin. Cette iconographie, plus pérenne et consensuelle, ancre la fontaine dans une dimension culturelle et mémorielle, loin des fastes éphémères. Les bassins, les jeux d'eau, et l'architecture générale, d'une sobriété classique, proposent un point d'orgue visuel sans l'emphase parfois lourde des monuments commémoratifs du XIXe siècle. La fontaine des Jacobins, au fil des décennies, est devenue plus qu'un simple ornement. Récemment restaurée avec soin, elle sert de scène aux manifestants, voyant ses eaux teintées de vert ou de rouge, témoignage de son rôle continuel d'agora urbaine. Elle est également un point d'ancrage pour les événements culturels lyonnais, de la Fête des Lumières aux festivals floraux, prouvant ainsi sa capacité à s'adapter et à incarner l'esprit changeant de la cité. C'est là, peut-être, sa véritable persistance.