16, rue Gutenberg, Strasbourg
La rue Gutenberg, par-delà sa désignation administrative récente issue d'une césure urbaine des années 1960, se révèle une chronique architecturale singulière de Strasbourg. Anciennement fragment de la Grand'Rue, cette artère, désormais distinguée par le nom de l'imprimeur, offre un panorama d'époques et de styles, traversant destructions et reconstructions avec une certaine fatalité. Au numéro 2, par exemple, l'immeuble de 1747, avec ses chaînages à refends et ses encadrements de fenêtres en grès, occupe l'emplacement d'une antique maison des gardes de la cité dès 1403. L'apparition d'un passage sous arcades, absent sur des documents anciens, laisse penser à une reconstitution attentive, voire une réinterprétation discrète de l'histoire bâtie. Cependant, le traumatisme du bombardement de 1944 a laissé des cicatrices profondes. Les numéros 6, 8 et 10, jadis des édifices du XVIIe ou XVIIIe siècle, ont été intégralement remplacés dans les années 1950 par des constructions sans grande prétention, reflétant la nécessité fonctionnelle de l'après-guerre plutôt qu'une vision esthétique ambitieuse. Ces façades modestes s'opposent aux expressions plus affirmées du XVIIIe siècle. Le numéro 16 illustre une verve décorative particulière. Propriété de riches négociants, cette bâtisse abrite un portail de 1743 qui surprend par son hybridation : des formes dynamiques, presque éclatées du baroque germanique, y rencontrent les délicats enroulements d'un décor rocaille, vraisemblablement inspiré des lambris du Palais Rohan. Ce n'est pas une simple porte, mais une déclaration stylistique, inscrite d'ailleurs aux monuments historiques. Au numéro 18, la façade transformée en 1741 par le négociant François Longho exhibe des clés de cintre sculptées, évocations des quatre continents et des saisons, une manière pour ces marchands de projeter sur la pierre leurs horizons lointains et leur prospérité. L'élégance de ces ornements se voit complétée par une niche abritant une statuette de saint Joseph, témoignage d'une piété discrète mais omniprésente. Les numéros 20 et 22, quant à eux, offrent un aperçu de la Renaissance strasbourgeoise, avec leurs oriels du XVIe et XVIIe siècle, ces encorbellements typiques qui venaient chercher lumière et espace sur la rue, des éléments qui confèrent une texture visuelle indéniable au bâti ancien. Côté numéros impairs, le contraste perdure. Le numéro 3, bien que d'origine XVIIIe, fut reconstruit en 1951 dans un style