74 avenue Charles-de-Gaulle, Montmorency
Le Château du duc de Dino, érigé sur les débris du vaste domaine de Montmorency, est un monument qui, par son parcours, illustre avec une certaine acuité les modes et les ambitions de la fin du XIXe siècle. La parcelle, acquise en 1878 par Isaac Léopold Sée, banquier d'origine alsacienne, vit s'élever dès 1879 sous la houlette de l'architecte local Pierre Victor Cuvilier une demeure inspirée de la Renaissance italienne. C'était là une démonstration de réussite sociale, une façade d'opulence manifestée par ses deux corps de logis et des communs dont la facture n'était point négligée. L'achèvement en 1885 coïncida, avec une ironie certaine, avec la ruine du commanditaire dans des spéculations boursières, précipitant la vente du château. Il est piquant de noter que ce symbole de fortune personnelle fut si éphémère pour son premier propriétaire. La propriété fut ensuite acquise en 1886 par Adèle Livingston-Stevens, future duchesse de Dino par son mariage avec le marquis Charles Maurice Camille de Talleyrand-Périgord. Ce couple entreprit une seconde vague de travaux, non plus seulement pour l'apparat mais pour le confort moderne. Le parc fut reconfiguré et agrandi, tandis que l'intérieur bénéficiait des avancées techniques de l'époque : eau courante, chauffage à air pulsé, électricité et même un ascenseur. Ces ajouts, au-delà de leur aspect pratique, témoignent d'une aspiration à intégrer le progrès technique au sein d'une esthétique historiciste. Les initiales entrelacées du duc, que l'on distingue encore sur la grille du parc, sont les derniers témoins visibles de cette période de faste avant une nouvelle vente, consécutive à la séparation du couple. Le château connut par la suite une succession de propriétaires au cours du XXe siècle, son statut fluctuant au gré des fortunes et des modes. Son destin bascule en 1991, lorsque la Ville de Montmorency en fait l'acquisition. Il accueille depuis une association dédiée à la protection de l'enfance, conférant à cette ancienne vitrine mondaine une tout autre vocation. Le parcours de cet édifice, de l'ambition bourgeoise aux nécessités sociales, est en soi une leçon. La reconnaissance de sa valeur patrimoniale est plus récente, avec un label Patrimoine d'intérêt régional en 2018, suivi d'une inscription aux Monuments historiques en 2022 pour l'ensemble du domaine. Plus récemment, en 2024, le classement de ses salles de bains mauresque et japonisante souligne l'intérêt de ces fantaisies décoratives, ces luxes intimes qui sont souvent les miroirs les plus fidèles des goûts d'une époque, révélant une certaine propension à l'éclectisme et à l'exotisme au sein des demeures privées de la fin du XIXe siècle. Le château, loin d'être un spécimen pur, se révèle ainsi un édifice stratifié, dont chaque pierre ou aménagement raconte une étape de l'évolution des mœurs et des fortunes.