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La Tour First, désormais emblématique de la silhouette de La Défense, est l'archétype même de la métamorphose architecturale, un phénomène courant dans ce district dédié au tertiaire. Initialement connue sous le nom de Tour Assur, érigée en 1974 par Pierre Dufau, elle témoignait d'une esthétique des années soixante-dix, caractérisée par une volumétrie assez singulière. Son plan en étoile à trois branches, rayonnant autour d'un noyau central, évoquait alors non pas une prouesse technique, mais plutôt une symbolique corporative, représentant la fusion des trois entités constituant l'Union des assurances de Paris. Une forme qui, à l'époque, tentait d'infuser une certaine identité dans un environnement encore en gestation, voire en démolition, comme en attestent certaines scènes cinématographiques du film Le Chat, où l'on apercevait ce quartier de Courbevoie en pleine mutation. Le geste architectural le plus significatif ne réside cependant pas dans sa conception originelle, mais bien dans sa refonte complète, opérée entre 2007 et 2011 par le cabinet américain Kohn Pedersen Fox, en collaboration avec SRA. Ce fut moins une réhabilitation qu'une véritable éviscération suivie d'une reconstruction. L'enveloppe originelle, sans doute jugée obsolète par les impératifs esthétiques et énergétiques contemporains, a été remplacée par un rideau de verre et d'acier, propulsant la hauteur de l'édifice de 159 à 231 mètres. Un exercice qui, au-delà de l'élévation spectaculaire, a surtout permis d'accroître considérablement la surface utile, un critère essentiel dans l'économie immobilière. L'ambition d'atteindre 240 mètres avec un mât fut d'ailleurs abandonnée, signe sans doute d'un réalisme financier face aux prouesses techniques. Cette transformation illustre à merveille la tension entre la conservation et la nécessité de se conformer aux standards actuels de l'immobilier de bureau. L'édifice, autrefois plutôt opaque avec ses façades des années soixante-dix, s'est mué en une tour de verre réfléchissant, offrant une image de transparence, voire de légèreté, souvent recherchée aujourd'hui. L'intégration de bureaux modernes pour des entités comme EY, Euler Hermes ou les Laboratoires Expanscience, ainsi que des espaces de coworking tels que Kwerk, avec sa bibliothèque géante en trompe-l'œil — une touche d'originalité pour masquer la fonction purement tertiaire —, démontre l'adaptation constante de ces structures aux modes de travail. La Tour First est ainsi devenue un marqueur du renouveau perpétuel de La Défense, un monument qui n'est pas tant admiré pour son intégrité formelle que pour sa capacité à incarner les évolutions du marché et les aspirations des entreprises. Son éclairage, signalant la météo du lendemain par des jeux de couleurs, est une coquetterie contemporaine qui, loin d'ajouter une dimension artistique profonde, participe simplement à l'animation visuelle du quartier. Un exemple édifiant de la manière dont l'architecture, dans ce contexte, est avant tout un support, un réceptacle modulable pour des usages en constante redéfinition, plus qu'une œuvre figée. Son prix de revente, 800 millions d'euros en 2016, parle d'ailleurs avec une éloquence certaine du véritable moteur de ces transformations.