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Abbaye Saint-Martin

Abbaye Saint-Martin

47 rue Néricault-Destouches, Tours

L'Envolée de l'Architecte

La basilique Saint-Martin de Tours, en sa forme actuelle, ne représente qu'un jalon récent dans la longue et souvent tumultueuse histoire d'un site sacré, perpétuellement reconstruit sur les vestiges de ses prédécesseurs. L'édifice que l'on contemple aujourd'hui n'est en effet que la plus modeste des expressions d'une ambition pieuse maintes fois contrariée. Le premier sanctuaire, érigé par l'évêque Brice au cinquième siècle, ne fut qu'une chapelle de bois, rapidement supplantée par la basilique de l'évêque Perpet en 470, dont Grégoire de Tours nous en a laissé une description précise. Ses dimensions, cent soixante pieds de long sur soixante de large, quarante-cinq pieds de haut sous la voûte, avec ses cent vingt colonnes et cinquante-deux fenêtres, témoignent d'une magnificence rare pour l'époque. Il est notable que son atrium, contre l'usage, se situait à l'arrière, une disposition ingénieuse permettant aux pèlerins de l'apercevoir la fenestrelle du mur absidal. C'est dans ce cadre auguste que Clovis, après sa victoire de Vouillé en 508, reçut les insignes consulaires, un événement qui scella l'importance politique et religieuse du lieu. Incendié à maintes reprises, notamment par les Normands aux neuvième et dixième siècles, l'édifice fut sans cesse relevé et agrandi. Les remaniements du onzième siècle lui conférèrent une envergure romane, et les voûtes angevines du douzième siècle, sur croisées d'ogives, en firent une étape majeure sur la via Turonensis vers Compostelle. Ce fut le principal lieu de pèlerinage chrétien de Gaule, rivalisant même avec Rome en importance au neuvième siècle. Le quinzième siècle, sous la munificence de Louis XI, vit encore des ajouts significatifs, et le cloître, commencé en 1508, bien qu'inachevé, offre un intéressant mélange de structure gothique et d'ornements italianisants, œuvre de Bastien François, révélant la transition stylistique ligérienne de la première Renaissance. Cependant, les guerres de religion et un long délaissement laissèrent l'ancienne collégiale dans un état de vétusté alarmant. Le vol de chaînages, couplé à un effondrement des voûtes en 1797, conduisit à sa démolition impitoyable par la municipalité, ne laissant subsister que les tours Charlemagne et de l'Horloge, symboles d'une grandeur perdue. La redécouverte du tombeau de saint Martin en 1860, par Léon Papin Dupont, ranima le désir de reconstruire, mais donna lieu à une vive controverse, surnommée la guerre des basiliques, superbement évoquée par René Boylesve dans son roman Mademoiselle Cloque. Fallait-il reconstruire à l'identique, au prix de la suppression d'une artère commerciale vitale ? Le compromis aboutit, en 1884, à la décision d'ériger une nouvelle basilique, orientée perpendiculairement à l'ancienne, l'architecte Victor Laloux optant pour un style néo-byzantin. Cet édifice, bien plus modeste, bâti en calcaire, granite et marbre, avec des toitures d'ardoises, fut inauguré dès 1890 et achevé en 1902. Il fut doté de peintures murales de Pierre Fritel et Adrien Lavieille, et couronné d'une statue monumentale en bronze de saint Martin, œuvre de Jean-Baptiste Hugues. Cette dernière, récemment restaurée, a révélé une petite boîte en plomb contenant des reliques du saint, témoignage émouvant de la continuité du culte. La présence du président de la République comme chanoine honoraire souligne la persistance d'une attache symbolique forte, même pour cette résurrection architecturale, modeste mais significative.