Parvis Saint-Maurice, Lille
L'église Saint-Maurice de Lille, plus qu'un monument, est une stratigraphie architecturale, fruit d'une édification s'étalant sur plus de quatre siècles, débutée à la fin du XIVe siècle et achevée au XIXe. Cette église-halle, dont l'existence est attestée dès 1066, est liée à des spéculations historiques audacieuses, certains voyant dans sa localisation et sa dédicace singulière à Saint Maurice un lointain écho d'un lieu de culte païen, peut-être dédié à Mars, en un point naguère réputé de fines, de frontière. Les premières travées de la nef et du transept posées, le XVe siècle vit l'érection du chœur, de ses collatéraux et chapelles rayonnantes, puis l'extension de la nef vers l'ouest. Ce processus fragmentaire se poursuivit aux XVIe et XVIIe siècles par l'ajout des chapelles latérales et la mise en œuvre, tardivement, des voûtes, permettant à la nef de s'élever à la hauteur du chœur, conférant à l'ensemble cette spatialité uniforme propre aux églises-halles brabançonnes. Au XIXe siècle, l'architecte Philippe Cannissié œuvra à une apparente homogénéité, orchestrant l'extension occidentale de la nef et la construction du clocher, dans une tentative manquée de promouvoir l'édifice au rang de cathédrale, rôle qui échut finalement à Notre-Dame-de-la-Treille. Son intervention fut aussi l'occasion d'une restructuration urbaine significative, dégageant un parvis là où s'agglutinaient auparavant des habitations. À l'intérieur, malgré les spoliations révolutionnaires, l'église rassemble des œuvres notables, dont plusieurs toiles de Jakob van Oost le Jeune et de Louis Joseph Watteau. Plus singulier encore, elle abrite le monument au duc de Berry, conçu par Victor Leplus et exécuté par Edme-François-Étienne Gois, renfermant les viscères du prince assassiné en 1820, curiosité macabre veillée par les allégories de Lille et de la Religion. Le mobilier néo-gothique de Charles Buisine-Rigot et les vitraux de Charles Gaudelet, réalisés d'après les cartons de Victor Mottez, vinrent compléter cet intérieur, maintes fois remanié suite aux bombardements du XXe siècle. Si des restaurations récentes ont permis de renouveler certaines toitures et façades, l'église attend encore une attention complète pour son intérieur et ses cloches demeurées muettes. Saint-Maurice demeure le témoin d'une évolution continue, jamais achevée, reflétant les ambitions et les contraintes d'une des paroisses les plus anciennes et les plus importantes de Lille.