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Chapelle Notre-Dame-de-Nazareth

Chapelle Notre-Dame-de-Nazareth

4 rue Philippe-Féral, Toulouse

L'Envolée de l'Architecte

La modeste chapelle Notre-Dame-de-Nazareth, discrètement enchâssée au cœur de Toulouse, offre, malgré son effacement actuel, un singulier aperçu des stratifications historiques et des compromis stylistiques. Sa génèse, qui remonterait à la découverte quelque peu opportuniste, vers 1260, d'une statue dans les fossés de la cité, est déjà révélatrice. Cette effigie, présentée comme miraculeuse et dédiée à Marie, pourrait bien n'avoir été, selon certains historiens, qu'une antique représentation de Cybèle, habilement reconvertie. Une pratique fort commune, somme toute, pour faciliter l'adhésion populaire. La première chapelle, modeste, subit les vicissitudes des conflits, détruite durant la guerre de Cent Ans, avant d'être transférée à l'intérieur des murs protecteurs. L'édifice actuel, quant à lui, fut érigé entre 1452 et 1520, témoignant d'une remarquable fidélité au style gothique. Ici, point d'exubérances renaissantes, mais une architecture qui s'inscrit dans une tradition établie, peut-être par choix ou par contrainte. Sa position privilégiée au sein du capitoulat Saint-Barthélémy, fief des parlementaires toulousains, en fit naturellement leur chapelle dévolue. C'est ici que reposèrent, pour un temps, plusieurs éminents bienfaiteurs, dont le conseiller Michel de Vabres ou le premier président du Parlement, Jacques de Minut. On se souviendra de l'ambitieuse tentative, en 1525, du président Georges d'Olmières, de transformer la chapelle en collégiale. Un projet validé par le pape Clément VII, mais torpillé, non sans fracas ni querelles, par l'opposition farouche des chanoines de Saint-Étienne, démontrant que la spiritualité avait parfois ses raisons que la raison ecclésiastique ne connaissait point. Les affres de la Révolution n'épargnèrent guère l'édifice, qui fut fermé, spolié, et peut-être privé de son clocher avant d'être vendu comme bien national. Rendu au culte en 1800, il connut diverses affectations, hébergeant successivement la confrérie des Pénitents noirs puis les Missionnaires diocésains. L'on déplorera la destruction, au XIXe siècle, de deux chapelles du côté sud, sacrifiées aux impératifs d'extension des bâtiments voisins, altérant ainsi la volumétrie originelle de l'espace intérieur. Plus tard, au milieu du XXe siècle, la chapelle connut une nouvelle vie en devenant le cœur de la paroisse italienne de Toulouse, sous l'impulsion de l'aumônier Alfonso Masiello, accueillant une communauté en quête de repères. Extérieurement, la chapelle est d'une discrétion quasi regrettable. Enserrée entre des constructions mitoyennes, elle ne déploie aucune façade monumentale. Seul le portail, modeste, en plein cintre, surmonté d'une accolade gothique, attire le regard. Son tympan, orné d'un culot présentant un cep de vigne aux rameaux sinueux, un colimaçon et un oiseau, est une touche de fantaisie végétale bien venue, couronné d'une Vierge à l'Enfant. À l'intérieur, l'édifice dévoile une abside et deux travées, voûtées d'ogives, mais dont les variations de nervures trahissent des campagnes de construction distinctes. La dernière travée, plus élaborée, se pare de liernes et de tiercerons, avec des clés de voûte écussonnées et fleuronnées, signalant un certain faste commanditaire. Si la plupart des sépultures des bienfaiteurs ont disparu, celle du jurisconsulte Antoine Dadin de Hauteserre subsiste entre les chapelles du nord, qui elles, conservent une décoration de style Louis XIII, datant du XVIIe siècle. L'abside, quant à elle, est dominée par un maître-autel et un retable en bois doré de facture classique, datant également du XVIIe siècle, accueillant une Annonciation encadrée de colonnes cannelées et surmontée d'une Visitation de Jean-Pierre Rivalz. Aux murs, quatre bas-reliefs en bois doré et peint, étonnamment du XIIIe siècle, dépeignent des scènes de la vie de Marie, conférant un certain anachronisme poétique. Le vitrail de l'abside, du XVIe siècle, offert par Jacques de Cazeneuve, et celui voisin aux armoiries de Michel de Vabres, rappellent l'importance des dons privés dans l'édification et l'embellissement des lieux de culte. Aujourd'hui, cet édifice, protégé au titre des monuments historiques depuis 1974, reste malheureusement inaccessible au public pour des raisons de sécurité, n'ouvrant qu'exceptionnellement. Un destin somme toute ironique pour un lieu qui, de statue antique réinterprétée en effigie mariale à chapelle parlementaire, puis centre d'une communauté immigrée, a traversé les siècles avec une persévérance remarquable, pour finir dans une quiétude forcée. Sa valeur réside autant dans sa discrète obstination que dans les détails de son architecture.