Asnières-sur-Oise
Le Château de Touteville, enfoui dans la discrétion d'Asnières-sur-Oise, se révèle d'emblée comme une superposition chronologique, une stratification architecturale où les fondations du XIIIe siècle soutiennent une élévation des XVIe et XVIIIe siècles. Ce témoignage des âges successifs, dont les façades extérieures ne sauraient susciter d'enthousiasme démesuré, recèle néanmoins une profondeur insoupçonnée. Ces parements, dont l'intérêt est délibérément qualifié de limité, dissimulent pourtant une richesse intérieure plus manifeste. L'escalier, dont le dessin et l'exécution ont traversé les époques pour parvenir jusqu'à nous dans un état que l'on qualifie de remarquable, constitue le pivot de cette vie domestique ancienne. Il est non seulement un élément fonctionnel de distribution mais aussi un témoignage de l'artisanat et des modes esthétiques de son temps, par son vol et ses paliers. Les décors peints qui animent certaines pièces suggèrent une aspiration à l'ornementation, une volonté de transcender la simple utilité par l'expression artistique, même si les détails précis de leur iconographie ou de leur style nous échappent sans une observation plus approfondie. Mais c'est sans doute en s'enfonçant sous terre que le monument révèle sa plus grande surprise. Une salle souterraine du XIIIe siècle, d'une conservation que l'on peut qualifier d'exceptionnelle, se déploie. Cette vaste enceinte, témoignage direct de l'édifice médiéval originel, offre une perspective rare sur les techniques constructives de cette période reculée, sur la solidité des voûtes et la maîtrise des maçons de l'époque. Elle souligne l'ancrage profond de ce lieu, bien au-delà des évolutions stylistiques de ses superstructures. Initialement connu sous le nom d'Estouville, ce château, dont le patronyme évoque peut-être une lignée ancestrale ou un trait topographique, fut un centre féodal significatif. Son attachement à l'abbaye de Royaumont vers le milieu du XVIe siècle, en fait un maillon dans le réseau de propriétés ecclésiastiques qui maillaient le territoire, souvent synonyme de stabilité et d'une certaine prospérité. L'évolution de sa propriété, passant des mains de la famille Choart – un Gabriel Choart, président de la Cour des aides, fonction qui conférait à son titulaire une stature sociale et juridique non négligeable – à l'intervention de la Comtesse de Kerkado, de l'illustre famille de Saulx-Tavannes, témoigne des transferts de patrimoine caractéristiques de l'Ancien Régime. Cette dernière, par l'aménagement des pièces d'eau dans le parc, inscrira le domaine dans la mode paysagère du XVIIIe siècle, cherchant à reproduire une nature idéalisée, ordonnancée mais apparemment spontanée. Le parc, dans sa conception de jardin à l'anglaise, avec ses étendues d'eau et ses bosquets, représente une phase distincte de l'esthétique du domaine. Aujourd'hui largement public, ce jardin, retenu pour le pré-inventaire des Jardins remarquables, permet à la collectivité de jouir d'un fragment de cette histoire paysagère, offrant une transition intéressante entre le domaine privé et l'espace civique. La visibilité restreinte des façades principales, depuis la rue, achève de conférer à Touteville une sorte de réserve, voire d'énigme, laissant le visiteur extérieur à la lisière de son passé et de ses richesses intérieures. Ce classement au titre des monuments historiques, d'abord pour le corps de logis en 1990 puis pour sa cave médiévale en 1992, scelle sa reconnaissance officielle, même si l'édifice se dérobe encore en partie au regard du promeneur.