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Église Saint-Éphrem-le-Syriaque

Église Saint-Éphrem-le-Syriaque

15 rue des Carmes, Paris 5e

L'Envolée de l'Architecte

L'église Saint-Éphrem-le-Syriaque, discrètement en retrait de l'agitation de la rue des Carmes, se révèle au promeneur attentif, un peu comme une confidence que Paris ne livre qu'aux regards éduqués. Son édification au XVIIIe siècle, sous la houlette de l'architecte Pierre Boscry, la place à la charnière de deux esthétiques. C'est en son portail que réside l'une de ses audaces, ou du moins l'une de ses évidentes références : l'imitation, nous dit-on, de celui de Saint-André du Quirinal. Une ambition romaine en plein cœur de la Sorbonne, voilà qui ne manque pas d'un certain panache, ou d'une inconscience certaine. On y décèle moins l'exubérance théâtrale d'un Bernin que la tentative d'une transposition tempérée, où le dynamisme baroque se trouve filtré par la sagesse, ou la retenue, du classicisme français. Une œuvre, somme toute, qui témoigne de la persistance de l'influence transalpine, mais adaptée au goût d'une capitale qui, si elle s'inspirait, tenait à le faire avec une certaine mesure.Boscry, figure moins éclatante de l'architecture de son temps, a néanmoins su conférer à cet édifice une dignité certaine, loin des fastes des grands chantiers royaux.Ce bâtiment, aujourd'hui classé monument historique, a traversé les âges avec une remarquable faculté d'adaptation. Commencée au XIVe siècle comme chapelle d'un collège des Lombards, puis réaffectée par des prêtres irlandais qui lui donnèrent une seconde incarnation au XVIIe siècle, avant que Boscry ne lui confère sa forme actuelle en 1738. Un véritable palimpseste architectural, dont la pierre a absorbé les prières de générations diverses et des missions successives.Après avoir cessé ses fonctions religieuses en 1825, une période de latence s'ensuivit, avant que la Ville de Paris ne lui trouve une nouvelle vocation en 1925, l'attribuant à la Mission syriaque catholique. Une renaissance, somme toute, pour ce lieu qui a toujours su s'inventer. Et, dans une de ces ironies dont l'histoire des bâtiments parisiens est friande, il est désormais réputé pour la résonance acoustique de sa nef, accueillant des concerts de musique classique. Le sacré y cède le pas à l'harmonie profane, offrant à ses murs une postérité sonore inattendue.L'intérieur, sobrement ordonnancé, témoigne de la fonctionnalité et de la dignité propres aux édifices religieux de l'époque, même si l'influence du Régence se fait sentir. Les matériaux, sans ostentation excessive, parlent d'une époque où l'élégance résidait dans la proportion et la justesse des lignes plutôt que dans la surcharge décorative. Une certaine économie de moyens, peut-être dictée par des contraintes budgétaires, mais qui confère à l'ensemble une gravité bienvenue.Saint-Éphrem n'est point une œuvre fracassante, ni une icône aisément reconnaissable. C'est plutôt un de ces témoins discrets de la mutation urbaine et spirituelle de Paris, un édifice qui, sans clamer son génie, offre un miroir à la persévérance et à la capacité de métamorphose d'une ville qui ne cesse de se réinventer, même à travers ses pierres les plus silencieuses.