6 rue Stanislas-Girardin, Rouen
L'Hôtel Levavasseur, élevé en l'an 1826 sur la rue Stanislas-Girardin à Rouen, est un témoignage architectural de l'essor industriel et bourgeois du début du XIXe siècle. Il s'agissait alors de la demeure du baron James Levavasseur, dont le prénom, prononcé à la française, « Jam », évoque une certaine distinction historique et non une anglicisation. Figure emblématique de son temps, le baron cumulait les titres de fondateur de filatures normandes, de propriétaire foncier, et de président d'une Chambre d'assurances maritimes, incarnant ainsi la diversification des fortunes de l'époque. L'édifice, un hôtel particulier classique, se compose d'un corps principal et de bâtiments en retour sur rue et sur cour, structurant l'espace autour d'une cour d'honneur. Ses façades et toitures, ainsi que le porche d'entrée, furent inscrits à l'inventaire des Monuments Historiques en 1971, soulignant une sobriété extérieure qui, si elle n'est pas révolutionnaire, est d'une incontestable solidité et d'une proportion juste, typique du style Empire ou Restauration. La modération des lignes extérieures contraste singulièrement avec l'expression intérieure des grands salons et du bureau. Ces pièces furent ornées d'un décor dit pompéien, une vogue esthétique de l'époque qui puisait son inspiration dans les découvertes archéologiques de Pompéi et Herculanum. Ce style se caractérise par des fresques délicates, des motifs gréco-romains, des arabesques et des couleurs vives – rouges, ocres, bleus – parfois jugées trop exubérantes par les puristes, mais manifestant alors un goût certain pour l'antique réinterprété. C'est là que réside une partie de l'intérêt de cet hôtel : l'opposition entre la fonction pragmatique de l'industriel et la sophistication presque didactique de son cadre de vie, une forme d'évasion culturelle loin des préoccupations commerciales. L'affectation de l'Hôtel Levavasseur a connu une évolution révélatrice des transformations urbaines : après avoir été une résidence privée, il accueillit dès 1891 le siège social de la société d'assurances La Normandie, puis la société Davey Bickford. Cette conversion de la sphère privée vers l'institutionnel est un phénomène courant pour ces hôtels particuliers, qui, par leur ampleur et leur distribution, se prêtaient aisément à de nouvelles fonctions. L'Hôtel Levavasseur demeure ainsi un témoin discret mais pertinent des ambitions d'une bourgeoisie rouennaise, à la fois pragmatique dans ses affaires et aspirante à un raffinement classique dans son quotidien, une dualité que l'architecture des lieux a su, avec une certaine dignité, exprimer.