36 boulevard des Récollets, Toulouse
L'église Sainte-Marie-des-Anges, dite du Calvaire, à Toulouse, offre une singulière lecture de l'histoire architecturale et des vicissitudes qu'un édifice peut traverser. Initialement érigée à la fin du XVe siècle, entre 1482 et 1487, sous l'égide de Louis XI, elle s'inscrit pleinement dans l'expression sobre et robuste du gothique méridional. Ce style, marqué par l'emploi prédominant de la brique locale, privilégie une volumétrie claire, souvent une nef unique flanquée de chapelles entre les contreforts, conférant à l'ensemble une dignité toute particulière, éloignée des flamboyances du Nord. Les ajouts du début du XVIe siècle, avec quatre chapelles au nord, n'ont fait que renforcer cette structure, densifiant son enveloppe. L'attribution aux Récollets en 1601 amorce une nouvelle phase, mais c'est la Révolution française qui imprime la première marque d'une transformation douloureuse, avec la destruction du clocher en 1794, amputant l'édifice de sa verticalité symbolique et de son repère visuel. De bien national, elle redevient église paroissiale en 1797, avant de connaître une sorte de renaissance au milieu du XIXe siècle, sous l'impulsion des prêtres du Sacré-Cœur. Ces derniers, dès 1841, entreprennent des travaux de réappropriation plus que de restauration. Un nouveau clocher s'élève vers 1853, le portail est refait en 1862 et, détail non négligeable, la nef est ornée d'un décor peint par Justin Pibou en 1860. Ces interventions dessinent un nouvel âge, celui d'une esthétique du second Empire, où l'on superpose aux lignes médiévales une interprétation de la piété contemporaine, parfois au détriment de l'harmonie originelle. Le début du XXe siècle réserve à l'édifice une destinée plus inattendue encore. Désaffectée après 1906, elle troque sa vocation spirituelle pour celle, plus prosaïque, de cinéma, puis de gymnase, sous la gestion de l'Office d'habitations à bon marché. Quelle conversion étonnante pour un lieu de recueillement, métamorphosé en temple du divertissement populaire, puis de l'effort physique! Une période qui témoigne de la capacité d'adaptation, ou de la simple survie, des architectures religieuses face aux bouleversements sociaux. Il faudra attendre 1947 pour que le culte y soit rétabli, et 1956 pour que l'édifice soit enfin inscrit aux monuments historiques, reconnaissance tardive d'une histoire riche et d'une résilience architecturale face aux épreuves du temps et aux usages les plus divers.