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Hôtel Pillet-Will

Hôtel Pillet-Will

31 rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris 8e

L'Envolée de l'Architecte

Le site du 31, rue du Faubourg-Saint-Honoré, est moins une adresse pérenne qu'un palimpseste architectural, témoin des caprices du goût et des vicissitudes de l'histoire parisienne. Initialement, au début du XVIIIe siècle, s'y élevait l'hôtel Marbeuf, érigé en 1718 par Pierre Cailleteau, dit Lassurance, architecte dont la patte était synonyme d'une élégance Louis XIV finissante. Commandité par Louis Blouin, premier valet de chambre du Roi-Soleil, l'édifice, après diverses transmissions mondaines – de la maîtresse royale aux receveurs généraux –, échut finalement aux Marbeuf. C'est sous leur égide, et avec le concours de Jacques-Guillaume Legrand et Jacques Molinos, qu'il connut une transformation significative, arborant une façade réaménagée et une décoration polychrome célébrée, alors dans l'air du temps et inspirée de l'Antiquité, marquant un tournant vers les prémices du néoclassicisme. Les murs de cet hôtel furent les silencieux témoins de l'histoire tumultueuse, de l'élégance de l'Ancien Régime aux soubresauts révolutionnaires – Gabrielle de Marbeuf y fut d'ailleurs arrêtée avant d'être guillotinée en 1795 –, jusqu'à l'ère napoléonienne où Joseph Bonaparte, suivi de figures éminentes comme Cambacérès ou Caroline Murat, y résida, et où fut même signé le Concordat de 1801, conférant au lieu une indéniable stature historique. La fin du XIXe siècle apporta une nouvelle couche à cette stratification. En 1884, le banquier Frédéric Pillet-Will acquiert la propriété. Il n'eut de cesse de démolir l'ancien et d'ériger, en 1887, un nouvel hôtel à son nom, adoptant un style que l'on qualifierait de néo-Louis XV. Cette tendance, caractéristique de l'éclectisme de la Belle Époque, visait à recréer une atmosphère de grandeur passée, non sans une certaine grandiloquence. L'édifice de Pillet-Will fut moins une création originale qu'un assemblage opulent : des vantaux d'une porte monumentale, aujourd'hui seuls rescapés classés, provenaient de l'hôtel de Vicq, récemment détruit. Des boiseries de l'hôtel de Gontaut-Saint-Blancart, des portes de la rue de Bondy, et même des vases de Bagatelle furent réintégrés, témoignant d'une pratique du réemploi qui, si elle confère une patine d'authenticité, relève aussi d'un pastiche assumé, où l'accumulation de fragments prestigieux remplace l'invention formelle. La vaste collection d'art du banquier, incluant des Fragonard et des Boucher, complétait cet ensemble, ancrant l'hôtel dans une célébration de l'art du XVIIIe siècle français. Ce décorum eut une existence relativement brève. En 1967, l'ambassade du Japon en France, devenue propriétaire, fit table rase de l'édifice de Pillet-Will, épargnant uniquement cette porte sur rue, désormais seule relique de l'opulence passée. Le jugement d'une journaliste, qualifiant l'ancien bâtiment de "sans intérêt" face à la "réussite" du nouveau, illustre cette perpétuelle relecture de la valeur architecturale, où ce qui fut une expression de richesse et de goût est relégué au rang d'anachronisme encombrant. En lieu et place s'élève désormais une architecture résolument moderne, la résidence de l'ambassadeur du Japon, dont les façades en mur-rideau de Jean Prouvé et le mobilier de Charlotte Perriand signent un manifeste du Mouvement moderne, célébrant la lumière, la transparence et la fonctionnalité, aux antipodes du faste néo-Louis XV. Ce transfert de valeurs fut accompagné d'un transfert physique d'œuvres : les boiseries de Nicolas Pineau, qui ornaient jadis l'hôtel de Varengeville avant d'être incorporées dans l'hôtel Pillet-Will, furent alors acquises par Charles Wrightsman et rejoignirent les collections du Metropolitan Museum of Art, illustrant la dissémination transatlantique de certains trésors du décor intérieur parisien. Le 31, rue du Faubourg-Saint-Honoré demeure ainsi une leçon d'architecture et d'histoire, non pas pour un style unifié, mais pour la superposition audacieuse de ses époques.