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Maison Ferrier

Maison Ferrier

79, Grand Rue, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

La Grand-Rue de Strasbourg, artère emblématique de la cité, conserve çà et là des vestiges de l'ambition bourgeoise du XVIIIe siècle, parmi lesquels la Maison Ferrier au numéro soixante-dix-neuf. Cet édifice, loin d'être un manifeste architectural éclatant, offre une illustration sobre des vicissitudes de la construction urbaine et des évolutions stylistiques de son temps. L'histoire de sa façade débute vers mille sept cent soixante-quatre sous l'égide du maître maçon Jean Michel Starck. Il est fréquent que le décès vienne interrompre l'œuvre des bâtisseurs, laissant un chantier inachevé ou une vision à interpréter. Starck ne dérogea pas à cette règle implacable du métier, sa disparition en cette même année laissant l'ouvrage en suspens, sans doute à l'état de simple maçonnerie brute, en attente des finitions et de l'ornementation. Ce fut Philippe Antoine Ferrier, acquéreur éclairé de la propriété en mille sept cent soixante-seize, qui en reprit les rênes. Son intervention, dès mille sept cent soixante-dix-neuf, ne se limita pas à une simple conclusion; elle fut une véritable réappropriation. L'ajout d'un étage et la modification du balcon, détails mentionnés, sont des indices probants d'une adaptation aux besoins et au goût du nouveau propriétaire. Le balcon, en particulier, souvent orné d'une ferronnerie élaborée, agit comme un seuil entre l'espace privé et l'agitation publique, une estrade où l'on pouvait se montrer ou observer discrètement la vie de la rue, affirmant ainsi le statut social de ses habitants. La façade actuelle, telle que nous la connaissons, porte donc la marque de cette reprise en main, mariant peut-être l'austérité première de Starck à des aspirations plus raffinées ou plus contemporaines, typiques de l'époque Louis XVI finissante. À Strasbourg, les édifices de cette période privilégiaient souvent le grès des Vosges, dont la teinte rosée confère une certaine chaleur à la pierre, permettant une modénature précise, même si elle n'atteignait pas toujours l'exubérance décorative de certaines capitales. On peut imaginer des ouvertures régulières, un rythme vertical affirmé par des pilastres discrets ou des chaînages d'angle, et un couronnement par une corniche en saillie, le tout contribuant à une élégance sans faste excessif. La simplicité des moyens et la robustesse des matériaux, loin d'être un défaut, traduisent une certaine honnêteté de la construction. Ce n'est qu'en mille neuf cent trente que l'édifice se vit accorder le statut de monument historique, une reconnaissance tardive mais juste, soulignant son appartenance à un tissu urbain que l'on se soucie désormais de préserver, non pour son génie audacieux, mais pour sa contribution silencieuse à la physionomie d'une ville historique. La Maison Ferrier demeure ainsi un témoin modeste, mais éloquent, des pragmatismes architecturaux du XVIIIe siècle strasbourgeois.