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Temple de la Petite Étoile

Temple de la Petite Étoile

81, rue Anatole-France, Levallois-Perret

L'Envolée de l'Architecte

L'émergence d'un édifice tel que le temple de la Petite Étoile, à Levallois-Perret, témoigne moins d'une aspiration monumentale que d'une nécessité pragmatique, celle d'ancrer une communauté protestante grandissante dans un tissu urbain en pleine mutation. Sa construction entre 1911 et 1912 par Charles Letrosne succède à un premier bâtiment de 1897, signe d'une consolidation rapide de cette présence paroissiale qui avait, auparavant, migré depuis l'avenue de la Grande-Armée, non sans une certaine logique démographique. Letrosne, architecte dont la carrière fut marquée par une certaine plasticité stylistique, œuvrant aussi bien dans le registre classique que des incursions dans l'Art nouveau, livre ici un projet fonctionnel. Dès lors, il est important de ne pas chercher ici la virtuosité d'une école, mais plutôt une réponse circonstanciée. L'architecture du temple, bien que classée, ne s'inscrit pas dans les grands gestes spectaculaires. Son plan en croix latine, somme toute conventionnel pour un lieu de culte chrétien, se voit tempéré par une gestion des volumes assez particulière. Les angles traditionnellement dédiés à l'articulation des masses y sont ici astucieusement occupés par des bureaux et des logements. Une hybridation fonctionnelle, où le sacré cohabite avec le prosaïque, qui dénote une forme d'ingénierie sociale davantage que d'audace formelle, révélant les compromis inhérents aux contraintes foncières de la banlieue parisienne naissante. Le soubassement en pierre meulière ancre l'édifice dans son terroir, un matériau vernaculaire par excellence, modeste et robuste. La charpente originale en bois, coiffée d'ardoise, évoque une architecture d'Europe du Nord, un clin d'œil discret aux racines confessionnelles ou une simple recherche d'une sobriété formelle. L'ensemble est surmonté d'une flèche carrée et élancée, culminant en une croix métallique, sans emphase excessive, comme une discrète affirmation verticale dans le paysage horizontal. L'intérieur, décrit comme de style néo-gothique flamboyant, propose une esthétique quelque peu différente de l'austérité implicite de l'enveloppe. On y retrouve les motifs stuqués, les vitraux et ces bandeaux de peinture attribués à Émile Menu, où des guirlandes de fleurs et de feuillages, appliquées au pochoir, confèrent à l'espace une atmosphère qui flirte plus avec le décor bourgeois fin-de-siècle qu'avec la solennité ascétique que l'on pourrait attendre d'un lieu protestant. L'orgue de Mutin vient compléter cet ensemble, apportant sa contribution sonore à une expérience sensorielle finalement assez riche, voire inattendue. Il est intéressant de noter la contemporanéité du temple avec le Foyer du Jeune Homme, une résidence à prix réduit destinée aux jeunes actifs et aux familles monoparentales. Cette imbrication d'une fonction spirituelle et d'une œuvre sociale, dès 1912, dépasse la simple juxtaposition. Elle révèle une compréhension aiguë des enjeux urbains et sociaux de l'époque, délaissant toute prétention à l'isolement sacré pour embrasser une fonction résolument ancrée dans le soutien communautaire. Il s'agit moins d'un monument de foi que d'un hub social et spirituel, une approche fort moderne pour l'époque, qui préfigure les préoccupations d'intégration urbaine du XXe siècle. Ce pragmatisme, cette alliance entre le culte et l'utilitaire, confère au temple une singularité. Son classement au titre des monuments historiques en 1995, bien après son édification, souligne une reconnaissance tardive de sa valeur, non pas comme chef-d'œuvre stylistique pur, mais comme un témoignage significatif de l'évolution de l'architecture religieuse protestante française et de ses adaptations ingénieuses aux réalités urbaines et sociales.