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Piscine Judaïque

Piscine Judaïque

Rue Judaïque 45 rue Chauffour, Bordeaux

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice, désormais connu sous le nom de Piscine Judaïque Jean-Boiteux, propose d'emblée une stratification historique peu commune, son accès principal étant matérialisé par un portique du XVIIIe siècle, autrefois lié à une école d'équitation. Ce vestige, déplacé et réemployé à plusieurs reprises – une première fois en 1856, puis ici pour servir de propylon à un ensemble qui lui est chronologiquement étranger – précède une piscine Art déco conçue entre 1931 et 1935 par l'architecte Louis Madeline. Ce mariage singulier entre classicisme déraciné et modernité fonctionnelle s'inscrit dans le vaste programme de rénovation urbaine porté par Adrien Marquet, alors maire, qui visait à doter Bordeaux d'équipements publics d'une esthétique affirmée. La Bourse du travail et le stade Lescure témoignent également de cette volonté d'affirmer une identité architecturale résolument Art déco pour les infrastructures municipales, une période où la rigueur géométrique et le sens du monumental dominaient. L'architecture de la piscine elle-même est une expression typique de ce style, privilégiant la composition ordonnancée et une monumentalité contenue. Le béton armé, matériau alors en vogue pour sa plasticité et sa capacité à exprimer une certaine modernité, est mis en œuvre avec une solidité pragmatique. Au centre de la façade principale, un médaillon circulaire, sculpté in situ en béton de ciment par Maurice Pico, illustre Neptune chevauchant un cheval marin. Cette iconographie, empruntée au répertoire classique, est traitée avec la stylisation et la robustesse propres à l'Art déco, une forme d'ornementation qui ne craint pas l'affichage de sa matérialité. Le bâtiment exprime une solidité rassurante, celle d'un équipement public pensé pour durer, offrant aux Bordelais un espace dédié à l'hygiène et au loisir dans une esthétique de l'efficacité et de la modernité accessible. Inscrite au titre des Monuments historiques depuis 1996, la piscine a connu plusieurs phases d'adaptation. En 2001, une intervention architecturale d'Alain Sarfati et Éric Lemarié a introduit un grand hall vitré en façade, réinterprétant l'entrée et le dialogue entre l'intérieur et l'extérieur, ajoutant une couche de transparence et de légèreté à la massivité originelle des années trente. Cette adjonction témoigne d'une volonté contemporaine de décloisonner l'édifice, tout en cherchant à respecter l'esprit du lieu et à en prolonger l'usage. Le bassin d'été a également été réaménagé, assurant la pertinence fonctionnelle de l'ensemble. Enfin, le baptême de la piscine au nom de Jean Boiteux en 2012, en hommage au champion olympique et figure locale des bassins bordelais, ancre l'édifice dans la mémoire collective, transcendant sa simple fonction utilitaire pour en faire un lieu de commémoration et d'inspiration sportive. Cet ensemble, traversant les époques avec une certaine dignité et une adaptabilité forcée, continue d'assurer sa mission première tout en portant les strates et les apports de chaque intervention, offrant un témoignage des ambitions urbaines bordelaises.