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Fontaine d'Amboise

Fontaine d'Amboise

Place Olympe-de-Gouges, Clermont-Ferrand

L'Envolée de l'Architecte

La Fontaine d'Amboise, érigée à Clermont-Ferrand, se présente d'emblée comme un curieux manifeste de l'indécision stylistique. Taillée dans le basalte sombre et dense de Volvic, elle est de ces œuvres qui peinent à trancher, oscillant avec une certaine candeur entre la persistance d'une grammaire gothique et les prémices d'un vocabulaire renaissant. Un observateur sagace y verra une hybridation forcée, non dénuée d'intérêt. Son édification débuta en 1511 sous l'égide de Jacques d’Amboise, alors évêque de Clermont. Son goût pour les nouveautés italiennes, sans doute hérité de son illustre frère le cardinal Georges d'Amboise — dont le Château de Gaillon, par son audace formelle, demeure un jalon majeur de la Renaissance française —, cherchait à imprimer une marque de modernité dans une cité encore résolument médiévale. Le sculpteur Chapart fut chargé de cette commande, originellement placée devant le portail méridional de la cathédrale, au sein du jardin de l'épiscopat, et dont la vocation première demeurait l'approvisionnement hydraulique. Une utilité fonctionnelle parée d'ambitions esthétiques, somme toute. L'architecture dévoile une structure en trois niveaux de bassins superposés. On y discerne encore des « arcs-boutants », éléments d'un système constructif gothique, ici délestés de leur fonction porteuse originelle pour devenir de simples rappels formels, presque des vestiges mnésiques. Par contraste, le décor sculpté s'épanouit dans une profusion Renaissance. Le bassin inférieur, d'une sobriété quasi utilitaire, cède rapidement la place à un bassin médian octogonal dont les huit panneaux explosent en rinceaux, masques et grotesques d'une nette influence italienne. L'eau y jaillit, avec une certaine théâtralité, de gueules de poissons et de figures humaines, s'écoulant de vasque en vasque, illustrant cette fascination pour la mise en scène du fluide. Au faîte de cette composition, s'élève une construction complexe couronnée, depuis le XIXe siècle, d'une figure d'homme « sauvage ». Ce personnage barbu, couvert de toison, brandissant une massue et un écu aux armes d'Amboise, est une addition ultérieure qui traduit sans doute une interprétation romantique du passé, ou une volonté de réaffirmer une lignée dans un édifice déjà ancien. Il ajoute une strate supplémentaire à cette sédimentation stylistique, faisant de la fontaine un palimpseste historique. L'histoire de cette fontaine est indissociable de sa singulière mobilité. Déplacée à quatre reprises depuis son emplacement originel, elle a connu les aléas des restructurations urbaines. De la Place Derrière-Clermont à la Place Delille en 1808 (où elle fut agrémentée de son bassin inférieur et de l'homme sauvage), puis au carrefour du cours Sablon en 1854, avant d'atterrir en 1962 sur l'actuelle Place Olympe-de-Gouges. Ce parcours erratique est éloquent : il témoigne de la manière dont les monuments publics, loin d'être des ancrages immuables, peuvent être perçus comme de simples objets de mobilier urbain, déplacés au gré des impératifs de la circulation et des mutations fonctionnelles de la ville. Une restauration récente, achevée en 2019, a tenté de stabiliser cette œuvre, du moins pour un temps. Au-delà de son rôle d'antan de pourvoyeuse d'eau, la fontaine d'Amboise demeure ainsi une œuvre hybride, un témoignage éloquent des tâtonnements esthétiques d'une époque et de la résilience, parfois forcée, des édifices face aux évolutions urbaines. Elle offre une lecture nuancée de l'histoire de l'art, où les ruptures sont souvent moins franches que les superpositions et les compromis.