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Château de Marines

Château de Marines

Place Peyran, Marines

L'Envolée de l'Architecte

Le château de Marines, bien que souvent perçu comme une simple résidence de campagne, révèle, dès son aspect extérieur, les strates d'une histoire autant politique qu'architecturale. Son plan initial, conçu sous François Ier par Adrien Thiercelin de Brosse, personnage récompensé pour ses services en 1521, témoigne d'une certaine vigueur Renaissance, même si la documentation spécifique sur ses élévations originelles demeure lacunaire. On apprend cependant qu'une tourelle, jadis positionnée le long de la place Peyron, a disparu. Cette structure, qui servait de chambre de Justice, n'était pas un appendice décoratif mais l'incarnation même du pouvoir seigneurial, où s'exerçait le droit de « bâton et de sang », les condamnés étant livrés directement à la place publique depuis son sein. Sa suppression marque non seulement une modification du volume bâti, mais aussi un adoucissement des prérogatives ostentatoires de la seigneurie, au profit d'une façade sans doute plus domestique, moins affirmée. De Brosse, dont le talent fut reconnu au-delà de Marines, puisqu'il fut chargé d'achever Blois et d'agrandir le Palais du Luxembourg pour Marie de Médicis, conféra à cette demeure une première dignité, reflet d'une ambition nouvelle. Ce château fut même le théâtre d'un épisode historique notable, lorsque Henri IV y passa la nuit du 11 août 1589, rédigeant une missive qui atteste du séjour royal, et commentant avec une certaine causticité l'esprit des Vexinois. Mais les aléas de la politique ne tardèrent pas à frapper, la famille de Brosse étant ruinée après l'abjuration du souverain. Le domaine passa ensuite aux mains de Nicolas Brûlart de Sillery en 1603, lui-même chancelier d'Henri IV. Sillery laissa une empreinte spirituelle en faisant ériger un couvent pour les Oratoriens, lieu où Nicolas Malebranche élabora plus tard ses Conversations chrétiennes. Cette insertion religieuse à proximité immédiate de la demeure seigneuriale révèle un déplacement des centres d'intérêt, où la méditation philosophique côtoie désormais la puissance terrienne. C'est avec le marquis de Créquy, acquéreur en 1659, que le domaine prit une nouvelle dimension d'apparat. Ce maréchal de France fit appel aux figures tutélaires du Grand Siècle, sollicitant André Le Nôtre pour l'ordonnancement de son parc à la française et Jacques Lemercier pour une chapelle mortuaire attenante à l'église. Ces interventions, même si l'ampleur exacte des modifications du château n'est pas détaillée, transforment la propriété en un lieu participant pleinement de l'esthétique classique. Le parc, avec ses perspectives calculées, devenait une extension architecturale du pouvoir, un prolongement de l'intérieur vers l'extérieur. Les plafonds peints des trois pièces du premier étage, inscrits au titre des monuments historiques, sont les témoins précieux des aménagements intérieurs qui devaient accompagner ces évolutions de goût. Les familles Rivié et de Gouy d'Arsy se succédèrent, non sans leur part de tragédie, tel Louis-Marthe de Gouy d'Arsy, victime de la Révolution. Le château, traversant les siècles et les tumultes, a vu ses mansardes remplacées par des fenêtres, une modification qui, si elle offre plus de lumière, atténue sans doute le caractère pittoresque d'une certaine architecture du XVIe siècle. Le fait que Paul Cézanne y ait séjourné entre 1888 et 1890 pour y peindre une toile, confère à cet édifice une résonance inattendue, celle d'une présence artistique intemporelle, un observateur choisissant de figer un fragment de son histoire sur la toile. Le château de Marines, au-delà de ses évolutions formelles, reste un témoin éloquent des mutations du pouvoir, des fortunes et des sensibilités architecturales de l'Île-de-France.