58, 59 quai Saint-Vincent, 1er arrondissement, Lyon
L'église Notre-Dame-Saint-Vincent, édifiée sur les quais de la Saône, ne se révèle pas d'emblée comme un ouvrage d'une pureté dogmatique. Son histoire, enchevêtrement de destructions, de reconstructions et de réaffectations, est bien plus parlante que l'esthétique finale, parfois laborieuse. Ancien siège conventuel des Grands Augustins depuis le quatorzième siècle, l'édifice actuel, principalement du dix-huitième, fut érigé pour remplacer une chapelle précaire. Sa première pierre fut posée en mille sept cent cinquante-neuf, et la consécration, en mille sept cent quatre-vingt-neuf, vit l'édifice honorer Saint-Louis, une courtoisie opportune envers le dauphin Louis, généreux bienfaiteur. Cette parenté royale fut cependant de courte durée. La Révolution, avec sa logique implacable, transforma l'église en entrepôt, puis en annexe hospitalière lors du siège de Lyon en mille sept cent quatre-vingt-treize. Les bâtiments monastiques, eux, devinrent caserne avant d'accueillir la Martinière en mille huit cent trente et un, scellant le sort d'un patrimoine réquisitionné par l'urgence. En mille sept cent quatre-vingt-onze, l'église fut élevée au rang de paroissiale, absorbant les ouailles de paroisses supprimées, ce qui révéla rapidement son insuffisance spatiale. Il fallut attendre mille huit cent soixante et un pour que l'architecte Charles Franchet rallonge la nef, déplaçant la façade sur le quai, un compromis urbanistique qui acheva de désaxer l'entrée par rapport à l'axe de la nef, conférant à l'ensemble une allure de façade plaquée. Le vocable Notre-Dame-Saint-Vincent fut adopté en mille huit cent soixante-trois, pour éviter toute confusion administrative, signe d'une quête d'identité tardive. Le corps de l'édifice affecte un parti basilical, articulé par huit colonnes toscanes. La croisée du transept est coiffée d'une coupole sur tambour, ouvrant sur un chœur en hémicycle. L'éclairage intérieur est d'une parcimonie notable : dix fenêtres en plein cintre percent la voûte en berceau de la nef, complétées par une demi-lune occidentale et quelques ouvertures surbaissées dans la coupole. Les collatéraux et chapelles demeurent, eux, dans une certaine pénombre, traduisant peut-être une économie de moyens. La façade du porche, œuvre de Charles Dufraine, se distingue par une ornementation abondante, avec des statues de Saint-Louis et Saint-Vincent encadrant une Vierge à l'Enfant. Ce foisonnement contraste singulièrement avec la sobriété, pour ne pas dire l'austérité, de l'intérieur. L'incendie dévastateur de mille neuf cent quatre-vingt-sept a effacé l'orgue Merklin, remplacé depuis par un instrument d'esprit classique, témoignant d'une résilience fonctionnelle. Les peintures récentes de J.F. Hamelin, datant de mille neuf cent quatre-vingt-seize, apportent une couche contemporaine à un ensemble déjà composite. Cette église, ainsi, n'est pas tant une expression pure d'un style qu'un résumé des vicissitudes urbaines et des exigences pragmatiques, un témoignage éloquent des compromis successifs.