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Maison des musiciens italiens

Maison des musiciens italiens

15 rue Champ-Lagarde, Versailles

L'Envolée de l'Architecte

La désignation populaire de Maison des musiciens italiens pour cette demeure versaillaise, sise au 15 rue Champ-Lagarde, révèle une persistance romantique bien éloignée des faits attestés. Loin d'être la primitive habitation des castrats de Louis XIV, l'édifice actuel est une reconstruction complète de 1752, commanditée par la comtesse d'Argenson et orchestrée par Jacques Hardouin-Mansart de Sagonne. L'histoire initiale rapporte qu'Antonio Bagniera, un castrat de la Chapelle du roi, acquit des terrains dès 1686, y intégrant un pavillon de musique circulaire. Ce dernier, doté d'une coupole intérieure et de tuiles à l'extérieur, fut par la suite augmenté de deux ailes, constituant un modeste domaine pour ses confrères. Cet agencement fut délaissé et tomba en fort mauvais état, ce qui en fit une acquisition opportune pour la comtesse d'Argenson en 1751, alors séparée de corps de son époux, le comte d'Argenson. Le lien avec la famille d'Argenson était préexistant, la maison ayant transité par François-Eustache de Gournay, commissaire des guerres et pourvoyeur de chevaux barbes pour les haras royaux dirigés par le ministre Argenson. C'est sur les conseils de son fils, le marquis de Voyer, dont il construisait alors le château d'Asnières, que Mansart, petit-fils du grand Jules Hardouin-Mansart, fut choisi. Il érigeait également l'église Saint-Louis de Versailles à cette période. L'entrepreneur Jean Rondel, déjà associé à Mansart sur Saint-Louis, fut chargé des travaux. Mansart y déploie un style rocaille d'une sophistication certaine. Les façades sont animées par des jeux de courbes et de contre-courbes, écho lointain des inventions borrominiennes, une signature de l'architecte déjà observée dans ses œuvres parisiennes ou religieuses. Les agrafes ornementales coiffant les baies sont l'œuvre de Nicolas Pineau, ornemaniste attitré de Mansart, et se retrouvent, à l'identique, sur le château de Jossigny, témoignant d'une patte esthétique unifiée. Cette demeure était, pour la comtesse, sa résidence versaillaise mais surtout sa petite maison, une expression courante désignant les lieux de plaisirs galants, abritant ici ses amours avec le marquis de Valfons. En 1759, la comtesse de Marsan, gouvernante des Enfants de France, en fit l'acquisition, avant de la céder en 1776 à Louis-Guillaume Le Monnier, premier médecin ordinaire du roi et professeur de botanique. La maison devint alors un haut lieu de la botanique française, Le Monnier y aménageant un jardin botanique remarquable, doté de serres, où furent formés des botanistes voyageurs tels qu'André Michaux. Ces aménagements comprirent des extensions des bâtiments existants pour accommoder une salle à manger et d'autres dépendances, visibles encore aujourd'hui. Ce jardin, considéré comme celui de Versailles, marqua l'essor horticole de Montreuil. Après la mort de Le Monnier en 1799, le domaine fut progressivement morcelé et le jardin démantelé au XIXe siècle, une fin prévisible pour bien des propriétés de cette envergure. Acquise par la ville de Versailles en 1978, la maison échappa à la ruine qui menaçait. Concédée à l'Union compagnonnique des compagnons du tour de France des devoirs unis en 1986, elle fut restaurée sous la direction de Jean-Claude Rochette, architecte en chef des monuments historiques. Il faut noter, sans surprise, que les décors de faux marbres d'esprit italien appliqués lors de cette restauration furent sans rapport avec les dispositions d'origine, une réinterprétation assumée mais dénuée de la scrupuleuse fidélité que l'on pourrait attendre. L'ensemble, classé monument historique dès 1976 pour la maison elle-même et inscrit depuis 1950 pour son parc, fut inauguré en 1989.