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Hôtel d'Hocqueville

Hôtel d'Hocqueville

1 rue du Faucon, Rouen

L'Envolée de l'Architecte

Au 1 rue Faucon, l'hôtel d'Hocqueville se dresse, érigé en 1657 pour Pierre de Becdelièvre, premier président à la Cour des aides de Rouen. Une commande qui, sans ostentation excessive, signale la position et le goût d'une élite administrative cherchant à s'établir dans la dignité de la pierre. L'architecture de cette période, à Rouen comme ailleurs, privilégie alors une certaine retenue, tempérant les audaces baroques par une adhésion aux principes classiques, bien que parfois interprétés avec une rusticité locale que certains jugeront charmante, d'autres simplement provinciale. Le parti architectural, typique de l'hôtel particulier urbain, s'organise vraisemblablement selon l'ordonnancement entre cour et jardin, offrant une façade principale sur rue et une autre, plus intime, ouverte sur des espaces verdoyants. Les façades, classées au titre des monuments historiques, attestent d'une composition rigoureuse, où le plein des murs domine, ponctué par l'ouverture régulière des baies. Les toitures, également protégées, évoquent un profil altier, souvent caractéristique des édifices rouennais, dont la pente et les matériaux participent à l'identité visuelle de la ville. À l'intérieur, les escaliers et un salon, eux aussi inscrits, suggèrent que le faste, bien que mesuré à l'extérieur, pouvait se déployer avec plus d'éloquence dans les espaces de réception. Pierre de Becdelièvre, dont la famille comptait déjà des figures influentes, cherchait sans doute à ancrer sa lignée dans le tissu urbain par cette bâtisse, plus qu'un simple logis, un manifeste social. C'est le destin, parfois capricieux, de ces demeures qui les voit changer de mains et de fonction. Après son acquisition par la Ville de Rouen en 1936, il connut les murmures des études musicales en accueillant le conservatoire, avant d'abriter, depuis 1984, les collections du musée de la Céramique. Une transition qui interroge la capacité d'adaptation des volumes historiques : comment les exigences acoustiques d'un conservatoire ou les besoins muséographiques d'un musée de la céramique s'inscrivent-elles dans des salons conçus pour l'apparat domestique ? Le bâti résiste souvent aux reconversions, non sans quelques compromis esthétiques et fonctionnels qui sont le prix à payer pour sa survie. Cette protection tardive, dans les années 1930, signe une reconnaissance salutaire du patrimoine rouennais, à l'aube d'un siècle qui verra beaucoup de ses trésors disparaître. L'Hôtel d'Hocqueville n'est donc pas un monument criard, mais un rappel de l'élégance discrète et de la résilience d'une architecture qui, en dépit des modes et des mutations urbaines, continue de marquer le paysage rouennais de son empreinte sobre et pérenne.