Cormeilles-en-Vexin
L'église Saint-Martin de Cormeilles-en-Vexin offre une curieuse juxtaposition de périodes architecturales, se présentant à l'observateur comme un assemblage de deux entités distinctes, séparées par le transept qui soutient le clocher central. Sa nef romane, datée par la plupart du dernier quart du XIe siècle, ou du début du XIIe pour d'autres, conserve des grandes arcades à double rouleau reposant sur des piliers carrés flanqués de demi-colonnes aux chapiteaux d'une archaïque sobriété. C'est l'une des plus anciennes nefs du département, initialement charpentée, puis voûtée d'ogives à la fin du XIIe ou au début du XIIIe siècle. Un ajout postérieur, dont les tirants de bois traversant les fenêtres hautes obturées témoignent des défis structurels posés par cette modernisation. Le transept, contemporain de la nef, présente l'originalité rare dans la région de conserver des voûtes en berceau dans ses croisillons et une voûte d'arêtes à la croisée. Ses peintures murales en faux appareil du XIVe siècle, dissimulant des remaniements structurels nécessaires, apportent une note de couleur à cet espace. Le clocher, dont la base est romane, fut surélevé au XVIe siècle afin de s'affirmer face à la hauteur du chœur gothique. Son second étage, autrefois cantonné de colonnettes et chapiteaux romains, fut brutalement modifié en 1580, adoptant des archivoltes communes et des têtes de chérubins Renaissance, un syncrétisme audacieux, voire désordonné, qui n'est pas sans rappeler les tentatives stylistiques de l'époque. On y décèle peut-être l'influence de Nicolas Le Mercier, contemporain de l'église Saint-Sulpice de Chars. Le chœur, pour sa part, témoigne d'une ambition architecturale différente, celle du gothique rayonnant parisien. Entièrement reconstruit vers 1250, sous l'égide de saint Louis, il arbore une élévation tripartite avec grandes arcades, un triforium ajouré et un étage de fenêtres hautes. Ce triforium, par sa structure à trois arcades principales abritant des arcs tréflés et des quatre-feuilles, présente une ressemblance frappante avec celui de la basilique Saint-Denis, dont il fut sans doute une copie fidèle, marquant l'influence des chantiers royaux sur les édifices vexinois. L'étage des fenêtres hautes, quant à lui, fut probablement achevé ou entièrement remanié au XVIe siècle, comme le suggèrent les remplages de style Renaissance et les arcs-boutants dont la conception, hélas, fut source de bien des tourments. Ces arcs-boutants, à simple volée, furent dès leur origine, ou du moins dès leur achèvement au XVIe siècle, d'une qualité insuffisante pour contrer efficacement la poussée des voûtes. Les infiltrations d'eau et une assise précaire menèrent à des désordres structurels majeurs, forçant l'étayage du chœur durant trente-cinq ans à partir de 1970, une triste mais éloquente illustration des compromis techniques et financiers. La restauration, achevée en 2008, a rendu à l'édifice sa dignité, mais ne saurait effacer l'histoire tourmentée de cette partie du monument. La façade occidentale, restaurée en 1987, retrouve une grande sobriété, dépourvue d'ornementation superflue, avec son portail roman au tympan nu. Les bas-côtés, élargis lors du voûtement de la nef, rompent avec la tradition romane d'un transept débordant, un ajustement pragmatique aux contraintes de l'époque. La vie de cette église, liée à l'abbaye de Saint-Denis pendant l'Ancien Régime, puis aux évolutions diocésaines, se poursuit aujourd'hui, bien que l'édifice n'accueille plus qu'irrégulièrement des célébrations. Elle demeure un jalon essentiel pour comprendre les évolutions de l'architecture religieuse dans le Vexin, entre tradition romane robuste et aspirations gothiques sophistiquées, souvent contraintes par les réalités du terrain et du portefeuille.