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Maison

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1 rue du Regard 64 boulevard Raspail, Paris 6e

L'Envolée de l'Architecte

Au confluent de la rue du Regard et de l'ancienne voie du Cherche-Midi, se dresse une bâtisse dont la généalogie urbaine est plus sinueuse qu'il n'y paraît. L'Hôtel de Dreux-Brézé, souvent désigné comme le Petit Hôtel de Verrue, est en réalité le fruit d'une audacieuse spéculation foncière entreprise, non par un aristocrate flamboyant, mais par la communauté des Carmes de la rue de Vaugirard à la fin du XVIIe siècle. Cette entreprise, visant la construction de cinq hôtels particuliers, fut cependant mise à l'épreuve des turbulences financières, notamment l'infâme banqueroute de Law, qui en retarda l'achèvement et en modula les ambitions. Les plans initiaux de Victor-Thierry Dailly, datant de 1719, ne furent ainsi concrétisés, avec quelques aménagements de Brice Le Chauve, qu'en 1737, dix-huit ans plus tard, témoignant d'une patience monacale ou, plus prosaïquement, des contraintes économiques de l'époque. Destiné à l'origine à l'illustre Comtesse de Verrue, mécène avertie et femme d'esprit dont la réputation dépassait largement les frontières du royaume pour ses collections d'art et son salon, l'hôtel ne fut jamais habité par sa commanditaire. Le destin, ou plutôt la camarde, ayant eu raison d'elle avant même l'achèvement, la demeure fut mise en location, privant ainsi l'édifice de la marque intime d'une personnalité si singulière. Ce sont les Dreux-Brézé, dont le chef de famille était alors Grand Maître des Cérémonies de France, qui en furent les premiers locataires illustres, marquant le lieu de leur présence avant la Révolution et ses inévitables bouleversements. L'hôtel passa ensuite par diverses mains, y compris celle du docteur Joseph Récamier, dont les descendants sont toujours propriétaires. L'architecture, dans sa sobre ordonnance classique, manifeste le goût pour une élégance discrète, caractéristique de la Régence et du début du règne de Louis XV. On y perçoit les préoccupations de l'époque pour le confort et l'intimité, avec un corps de logis principal qui, dans sa disposition originelle, orchestrait la relation entre la cour d'honneur et un jardin privé, offrant ainsi une dialectique subtile entre l'urbanité et la nature. Cependant, l'aménagement du boulevard Raspail en 1907 constitua une amputation urbaine d'une violence remarquable. L'hôtel, ayant échappé à la destruction complète de son grand frère, se retrouva confronté à une nouvelle réalité : sa façade sur jardin, conçue pour l'intimité et le dialogue avec la verdure, fut brutalement exposée à l'agitation du boulevard, contrainte d'assumer un rôle pour lequel elle n'était pas destinée. Les « blocs de pierre de raccordement » mentionnés ne sont que les cicatrices visibles de cette chirurgie urbaine, un compromis architectural et un témoignage des transformations brutales imposées au tissu ancien de Paris. L'inscription aux Monuments Historiques en 1926 atteste néanmoins de la persistance d'une valeur patrimoniale, quand bien même l'œuvre originale a été forcée de se travestir pour survivre aux impératifs d'une modernité impitoyable.