12 rue Monsieur, Paris 7e
S'arrêter devant l'Hôtel de Bourbon-Condé, au 12 de la rue Monsieur, c'est contempler un fragment d'une ambition urbaine et architecturale tardive, celle d'un Ancien Régime conscient de sa finitude, se parant encore de classicisme avant le grand bouleversement. Érigé entre 1781 et 1782 par Alexandre-Théodore Brongniart, cet hôtel particulier représente une forme de rigueur néoclassique déjà empreinte d'une certaine gravité, voire d'une austérité prérévolutionnaire. Brongniart, plus connu peut-être pour la Bourse de Paris, ou le futur Opéra Comique, y déploie une esthétique de la composition ordonnée, préférant la clarté des lignes à l'exubérance décorative de la période précédente. L'édifice fut commandité par le Prince de Condé pour sa fille, Louise Adélaïde, dite Mlle de Condé, abbesse de surcroît, une destinée certes singulière pour une habitation de cette envergure, mais non dénuée de la grandeur attendue de son rang. Il s'inscrit dans un ensemble plus vaste d'hôtels que Brongniart édifia dans ce quartier, contribuant à façonner une typologie urbaine où l'ordonnancement des façades sur cour répondait à une quête de dignité résidentielle. L'analyse de l'édifice révèle un jeu subtil de pleins et de vides, une disposition classique où la façade, aujourd'hui épurée, devait originellement être ponctuée. Les bas-reliefs de Clodion, figurant des bacchanales d'enfants, en sont la preuve la plus éclatante. Ces œuvres, vestiges d'une verve décorative tempérée par l'ordre classique, se sont depuis dispersées entre le Louvre, le Metropolitan Museum de New York et le Musée lorrain, une fragmentation éloquente quant au devenir des ensembles artistiques soumis aux aléas des ventes successives. La relation dialectique entre l'intérieur, conçu pour la vie privée et les réceptions de l'abbesse, et l'extérieur, témoin de la rue, s'opérait avec la discrétion propre aux hôtels particuliers, dont l'intimité était protégée par la cour d'honneur. Au fil des décennies, l'hôtel a connu une succession de propriétaires et d'usages qui en disent long sur l'évolution du patrimoine parisien. Acquis en 1847 par les Pères Mékhitaristes pour y établir un collège arménien, puis vendu au comte Chambrun en 1880, il fut ensuite la propriété d'une congrégation religieuse, les Sœurs du Cœur de Marie, qui y installèrent une école privée. De l'abbesse fondatrice d'une communauté de Bénédictines à une école, puis à un objet de spéculation patrimoniale, le destin de l'hôtel est une fresque des transformations sociales et fonctionnelles. La vente de 2008 au roi de Bahreïn pour 78 millions d'euros, avec les aménagements contemporains tels qu'une salle de cinéma et un parking souterrain, illustre cette capacité des architectures d'exception à se métamorphoser, non sans une certaine ironie, pour répondre aux exigences d'un luxe moderne, parfois en contradiction avec leur vocation première. Classé monument historique dès 1939, cet hôtel demeure un témoignage précieux, et somme toute résilient, des fastes et des compromis de l'architecture parisienne.