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Centre sportif municipal

Centre sportif municipal

L'Île-Saint-Denis

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice que l'on nomme aujourd'hui la Grande Nef Lucien-Belloni, sis sur la pointe sud de l'Île Saint-Denis, s'inscrit d'abord dans une tradition d'audace structurelle propre à l'après-guerre. Sa forme, celle d'une barque renversée, n'est pas qu'une métaphore nautique adaptée à son contexte insulaire ; elle est la manifestation d'une prouesse technique, une surface paraboloïde hyperbolique de quelque 3 000 mètres carrés, audacieusement déployée au moyen d'un maillage de câbles prétendus entre deux arcs obliques. C'est là une signature de l'ingénieur René Sarger, figure de l'architecture légère et tendue, qui, avec les architectes Pierre Chazanoff et Anatole Kopp, a livré en 1971 une œuvre de monumentalité rare, 98 mètres de long, 51 de large et 26 de hauteur, offrant une volumétrie intérieure d'une liberté remarquable, si propice aux rassemblements de masse. L'histoire de son implantation mérite attention. Le terrain, acquis en 1955 par la municipalité de Saint-Ouen aux établissements Menier, relevait de ces zones fluviales peu valorisées, jadis habitées par une communauté de chiffonniers et le vestige d'une antique Tour Mahu, emportés par le grand œuvre. La genèse du projet, dès 1959, puis le lancement du chantier neuf ans plus tard, révèlent les lenteurs et les arbitrages financiers inhérents aux grandes infrastructures publiques de l'époque. La volonté municipale de doter la population d'un équipement sportif et culturel de cette envergure témoignait d'une ambition sociale palpable, caractéristique des politiques locales de la ceinture rouge parisienne. Le choix, plus tard, de baptiser l'édifice du nom de Lucien Belloni, figure de la Résistance et militant communiste, en est une illustration éloquente, ancrant le bâtiment dans une idéologie progressiste et populaire. Au-delà de sa fonction sportive originelle, la Nef s'est rapidement imposée comme un haut lieu de la culture populaire, accueillant des événements qui résonnent encore. On y vit Pink Floyd en 1972 – non pas à l'Île de la Jatte, comme l'histoire aime à le déformer, mais bien ici –, Led Zeppelin en 1973, Bruce Springsteen, Queen, et Téléphone, transformant la halle en une véritable arène musicale. Politiquement, le 22e congrès du PCF en 1976, au cours duquel fut entériné l'abandon de la dictature du prolétariat, y conféra une dimension historique particulière, témoignant de son rôle central dans la vie publique locale et nationale. Son inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques en 2007, et son label « Patrimoine du XXe siècle », attestent de sa valeur intrinsèque et de son importance dans le panorama architectural français. Pourtant, l'édifice n'a pas été épargné par les vicissitudes du temps et les atermoiements politiques. Fermé en 2018 pour des raisons de sécurité, un temps menacé de démolition au profit d'une banale opération immobilière, il a été, tel un phénix, sauvé de justesse par la perspective des Jeux Olympiques de 2024. Une réhabilitation était nécessaire, afin de le destiner, entre autres usages, à l'accueil des Metropolitans 92, après qu'un projet plus ambitieux de centre de formation avec Tony Parker ne se soit évanoui. Cette trajectoire heurtée, entre grandeur et menace, entre l'ambition initiale et les compromis contemporains, en fait un témoignage éloquent des défis de la conservation du patrimoine moderne et des aléas de la planification urbaine.