rue Brûlée, Goussainville
L'église Saint-Pierre-Saint-Paul de Goussainville se présente comme un singulier assemblage, où les audaces de la Renaissance se sont superposées aux réminiscences du gothique, le tout édifié sur des fondations plus anciennes, un peu comme un livre dont les pages auraient été réécrites au fil des siècles. La majeure partie de cet édifice, visible aujourd'hui, fut érigée entre 1550 et 1564, sous l'égide d'Antoine de Nicolaï, un premier président de la Cour des comptes dont les moyens permirent une ornementation d'une richesse peu commune pour une modeste paroisse rurale. L'observateur attentif notera immédiatement la tension stylistique. Si les arcs brisés et les voûtes d'ogives rappellent une persistance de l'architecture gothique, l'ordonnance des chapiteaux, des entablements et des pilastres affirme sans équivoque l'inspiration antique, une hybridation caractéristique des périodes de transition. Le plan, d'une simplicité fonctionnelle, se contente d'un vaisseau central dépourvu de transept, flanqué de deux bas-côtés et d'une chapelle latérale, le tout se refermant sur un chevet plat. Les vestiges antérieurs demeurent lisibles pour l'œil averti. Deux travées du bas-côté sud, avec leur portail obturé et leur premier étage de clocher remanié, témoignent d'une construction romane tardive ou gothique primitive, remontant au douzième siècle. Des soubassements de murs et des bases de piliers subsistent de la campagne gothique du treizième siècle, tandis que l'étage de beffroi du clocher, avec ses échauguettes et sa décoration flamboyante, date de la fin du quinzième. Cette tour latérale, en soi une particularité dans la région, constitue un point de repère remarquable, avec ses fleurons et ses arcatures trilobées, contrastant avec la sobriété des étages inférieurs. Le portail méridional, d'ordre dorique, avec son fronton brisé autrefois orné d'une statue, s'inscrit pleinement dans le classicisme naissant du début du dix-septième siècle, succédant à un ancien accès roman dont les archivoltes et colonnettes érodées peinent à rappeler la grandeur passée. À l'intérieur, le vaisseau central surprend par l'omniprésence de l'arc en tiers-point, même dans les parties Renaissance. Les piliers cylindriques, sommés de chapiteaux librement inspirés du dorique antique, mais d'une exécution très fouillée, affichent un décor parfois inachevé, trahissant peut-être la hâte ou les aléas du chantier. Le motif singulier des plastrons, encadrant des postes affrontés sur les frises des entablements du second ordre, a alimenté les discussions savantes, certains y voyant la signature du maître-maçon Nicolas de Saint-Michel. La question de l'attribution demeure un débat délicat, l'œuvre présentant à la fois des concordances et des singularités par rapport à son corpus avéré. Les bas-côtés, eux, présentent des fenêtres en plein cintre dont le remplage évoque une simplicité ingénieuse, bien que la juxtaposition d'arcs brisés pour les formerets et de pleins cintres pour les baies puisse paraître, à l'observateur exigeant, peu harmonieuse. Les voûtes, elles, déploient une variété de dessins, quelques-unes adoptant les figures complexes à liernes et tiercerons de l'ultime gothique flamboyant. Le mobilier liturgique mérite également notre attention. Le retable majeur du maître-autel, datant du début du dix-septième siècle, se déploie comme un arc de triomphe corinthien. Ses bas-reliefs, illustrant les épisodes de la Passion du Christ, montrent une facture classicisante où la descente aux limbes, sujet moins courant, capte le regard. Les sculptures qui le couronnent, une Pietà encadrée par Saint Pierre et Saint Paul, révèlent des formes encore maniéristes, mais dont les drapés empesés et l'emphase gestuelle annoncent déjà l'esthétique baroque. Notons aussi, dispersées dans l'édifice, une statue de Christ en croix maniériste, au corps athlétique et au visage quasi souriant, ainsi qu'une chaire rocaille du dix-huitième siècle, et une cloche de 1682, Nicole Élisabeth, aux six anses et aux fines ciselures. L'histoire récente de l'église est tout aussi instructive. Classée monument historique dès 1914, elle a souffert de la proximité de l'aéroport Charles-de-Gaulle. Le dépeuplement du vieux Goussainville, sous l'effet des nuisances sonores, mena à son abandon. Fermée au culte en 1997, menacée d'effondrement, elle fut sauvée in extremis par des étais et une restauration significative entre 2010 et 2013, témoignant de la ténacité de ceux qui, malgré l'indifférence ambiante, ont refusé de laisser ce témoin d'une histoire complexe sombrer dans l'oubli. Elle accueille depuis 2017 de manière occasionnelle le culte, humblement restaurée, mais toujours en attente d'un plein retour à sa vocation première et d'une remise en état complète de son mobilier. Ses dalles funéraires, jadis retournées sur ordre révolutionnaire, puis patiemment relevées par les érudits du XIXe, racontent encore les vies des familles locales, dont celle des Nicolaï, seigneurs de Goussainville, achevant de tisser une trame narrative où l'architecture et l'histoire s'entremêlent avec une discrète mélancolie.