68,boulevard Bourdon, Neuilly-sur-Seine
L'Hôtel Thouret, érigé en 1860 sur le boulevard Bourdon à Neuilly-sur-Seine, se présente comme un spécimen assez caractéristique, quoique non dénué d'intérêt, de l'architecture résidentielle du Second Empire. Sa désignation comme « villa » dans le texte originel est éloquente ; elle connote une aspiration à l'autonomie formelle, une certaine distance vis-à-vis de la contrainte urbaine mitoyenne, même si l'édifice s'inscrit pleinement dans le modèle de l'hôtel particulier. Son style néoclassique, revendiqué par la source, n'est en soi guère surprenant pour cette période. Il témoigne d'un goût persistant pour l'ordre, la symétrie et la dignité des formes antiques, même au moment où d'autres courants, comme l'éclectisme, commençaient à affirmer une présence plus exubérante. C'était là l'expression d'une bourgeoisie aisée, d'un rentier en l'occurrence, aspirant à une élégance intemporelle et rassurante. Le commanditaire, François-Armand Thouret, un homme dont la principale activité était celle de rentier mais qui avait également officié comme inspecteur sous la houlette d'Henri Labrouste, offre une clé de lecture intrigante. Si Labrouste était un maître de la rationalité structurelle et de l'ingénierie moderne, son influence sur la villa de Thouret semble s'être manifestée davantage par la rigueur dans l'exécution que par une quelconque audace formelle. L'on n'y décèle pas les audaces d'une structure métallique apparente ou d'un langage novateur, mais plutôt une application consciencieuse des canons classiques. Cela révèle peut-être une dichotomie fréquente chez les professionnels de l'époque : une avant-garde dans leur pratique publique, et un classicisme plus tempéré pour leur propre logis, par goût personnel ou par conformisme social. La description de la villa – un rez-de-chaussée, un étage noble et un étage d'attique – esquisse la hiérarchie fonctionnelle et sociale propre à ces demeures. Le rez-de-chaussée, souvent dévolu aux services et aux pièces de réception plus informelles ; l'étage noble, apanage des salons de représentation et des pièces maîtresses, avec sa hauteur sous plafond généreuse et ses fenêtres plus amples ; enfin l'attique, réservé aux chambres de moindre importance ou au personnel. La façade sur rue, inscrite au titre des monuments historiques, est le visage public de cette ordonnance, probablement en pierre de taille, scandée de pilastres ou de colonnes, et couronnée d'une corniche et d'une toiture à faible pente, dissimulant l'attique derrière une balustrade ou un bandeau. C'est l'expression d'une urbanité maîtrisée, d'une retenue élégante qui privilégie la pérennité du style sur l'éclat éphémère de la mode. L'équilibre entre les pleins et les vides, la régularité des percements, tout concourt à cette impression de sérénité et d'intemporalité. Le matériau, vraisemblablement un calcaire clair de l'Île-de-France, aurait conféré à l'ensemble cette patine noble tant recherchée. L'Hôtel Thouret, en somme, n'est pas une œuvre qui bouscule les canons, mais une démonstration compétente et digne d'une tradition architecturale bien établie, un jalon discret mais éloquent dans le paysage haussmannien naissant de la banlieue chic.