5 rue de la Pomme, Toulouse
L'Hôtel de Guillaume de Bernuy, œuvre de Nicolas Bachelier, marque une étape significative dans l'adoption des formes de la Renaissance à Toulouse. Plutôt que la traditionnelle tour d'escalier, Bachelier érigea un portail monumental, véritable manifeste de pierre, pour signaler la travée principale. Ce choix audacieux déplaçait le point focal de l'ascension verticale vers une façade plus ordonnancée, reflétant une quête de dignité classique. Édifié entre 1540 et 1544 pour Guillaume de Bernuy, fils de l'opulent marchand de pastel Jean de Bernuy, cet hôtel particulier entre cour et jardin témoignait de l'ambition d'une nouvelle élite désireuse d'afficher une fortune consolidée par un raffinement architectural et non plus par la seule ostentation de la hauteur. Bachelier, déjà remarqué pour l'Hôtel de Bagis, applique ici des principes qu'il enrichit. L'escalier, initialement à rampe droite en œuvre et de pierre, une prouesse structurelle pour l'époque, a malheureusement cédé la place à une version ligneuse pour la majeure partie, ne conservant que les dernières marches dans leur matériau originel. Un triste sort, souvent réservé à ces éléments exigeants en entretien et moins prisés par les générations ultérieures. C'est toutefois dans le détail des fenêtres que l'influence des modes royales se révèle avec acuité. Les tables sculptées, ornées de masques et de cuirs découpés, n'étaient pas le fruit d'une invention locale, mais la réinterprétation habile de motifs issus de la Galerie François Ier à Fontainebleau. Bachelier s'inspirait manifestement des gravures de maîtres tels que Fantuzzi ou Androuet du Cerceau, démontrant une connaissance pointue des courants esthétiques du moment. Cette capacité à assimiler et à diffuser les nouveautés parisiennes ou italiennes en quelques années seulement illustre la rapidité déconcertante de la circulation des formes à cette période, et la compétition acharnée des architectes pour satisfaire les désirs de magnificence de leurs commanditaires. L'empreinte de Bachelier et de cet hôtel fut telle que ces ornements servirent à leur tour de modèle. Son propre fils, Dominique Bachelier, les déclina quelques années plus tard pour les consoles de la coursière du célèbre Hôtel d'Assézat. Une transmission stylistique qui assure une cohérence certaine à l'architecture toulousaine de cette Renaissance, tout en soulignant la persistance d'une formule éprouvée. L'Hôtel de Bernuy demeure ainsi un jalon essentiel, un laboratoire où s'expérimentèrent les codes d'une modernité architecturale à la française, non sans une certaine économie parfois dans les matériaux de second œuvre, mais toujours avec une ambition formelle manifeste.