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Bibliothèque nationale et universitaire

Bibliothèque nationale et universitaire

6, place de la République 1, avenue Victor Schœlcher, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg se dresse, imposant, place de la République, héritage d'une période où l'architecture était un vecteur manifeste d'affirmation impériale. Conçu par August Hartel et Skjold Neckelmann et achevé en 1895, son style néo-Renaissance italienne n'est pas anodin ; il reflète la volonté de redonner à Strasbourg, après le traumatisme de 1870, une institution de savoir digne de ce nom. L'architecture d'alors visait une monumentalité didactique, affirmant une présence forte par des volumes généreux et une ornementation empruntée aux fastes de la Renaissance, soulignant une aspiration à la permanence et à la richesse intellectuelle. Il est à noter que cette édification est une réponse directe à une catastrophe culturelle majeure : la quasi-totale destruction des bibliothèques strasbourgeoises lors du siège de 1870, emportant avec elles des trésors inestimables, comme le célèbre Hortus deliciarum. La résilience fut remarquable, avec un appel aux dons qui permit de reconstituer des fonds considérables et d'inaugurer la Kaiserliche Universitäts- und Landesbibliothek zu Strassburg. Le bâtiment actuel, avec sa rotonde coiffée d'un dôme imposant, devint alors le réceptacle de cette renaissance documentaire. L'articulation entre l'enveloppe extérieure, solennelle et classique, et l'agencement intérieur initial, devait orchestrer une expérience du savoir empreinte de gravité et de prestige. Le vingtième siècle n'épargna guère l'édifice. Les dégâts causés par les bombardements de 1944 et les transferts chaotiques des collections attestent d'une fragilité intrinsèque aux lieux de mémoire. Plus insidieux encore fut le projet de restructuration d'après-guerre (1951-1956) qui aboutit à la suppression intégrale des décors wilhelmiens originels, effaçant une strate historique et esthétique au nom d'une modernité fonctionnelle, certes, mais parfois dénuée de respect pour les œuvres antérieures. Une anecdote frappante est le déplacement des collections les plus précieuses vers des châteaux auvergnats, une forme de nomadisme forcé pour préserver l'héritage. Le récent projet « BNU Nouvelle », mené par l'agence Nicolas Michelin, s'est attaché, non sans audace, à réinterpréter les volumes intérieurs. L'ambition de retrouver une centralité du dôme et de diffuser la lumière zénithale à tous les niveaux, notamment par l'évidement de certaines structures et l'intégration d'éléments réfléchissants, témoigne d'une volonté d'ouverture et de fluidité. L'opération, qui a nécessité le rehaussement temporaire de la coupole de 450 tonnes pour insérer de nouvelles colonnes porteuses, fut un tour de force technique. Ce parti pris architectural cherche à réconcilier la monumentalité de l'enveloppe historique avec une fonctionnalité contemporaine, offrant des espaces plus généreux et accessibles. Aujourd'hui, au-delà de sa fonction de second fonds documentaire de France, la BNU conserve une spécificité remarquable. Elle est un pôle d'excellence pour les sciences religieuses et l'aire culturelle germanique, héritage de son passé biculturel et de la tradition universitaire allemande. Elle est également le conservatoire de la mémoire alsacienne par le dépôt légal, un rôle essentiel dans la préservation d'un patrimoine régional. L'édifice, malgré ses mutations, demeure un point d'ancrage intellectuel et un témoignage éloquent des vicissitudes de l'histoire et de la culture en Alsace.