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Château de Franconville

Château de Franconville

Saint-Martin-du-Tertre

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice de Franconville, aujourd'hui château de Saint-Martin-du-Tertre, se présente comme une curieuse réminiscence, une relecture tardive du classicisme français. Œuvre d'Hippolyte Destailleur pour le duc de Massa à partir de 1876, il s'affiche sans vergogne comme le "jumeau amélioré" du majestueux château de Maisons-Laffitte de François Mansart, une ambition dont la modestie n'est pas la première vertu. Construit en pierre de taille de Méry-sur-Oise et Saint-Maximin, ce corps de logis principal, flanqué de pavillons d'angle, déploie sept travées, dont trois centrales formant un avant-corps prononcé. La superposition des ordres, du dorique au rez-de-chaussée jusqu'à l'ionique à l'étage et au corinthien discret de l'attique central, respecte une grammaire vitruvienne rigoureuse. Les toitures indépendantes en ardoise, coiffées d'un lanternon octogonal que d'aucuns jugent plus harmonieux que son illustre modèle, et les douze hautes cheminées ornées du chiffre ducal, dessinent une silhouette d'une certaine prestance. Le luxe ornemental est patent, notamment au premier étage où les baies s'enrichissent de frises cannelées et de consoles sculptées, tandis que la travée centrale s'affirme avec ses colonnes cannelées et ses pots-à-feu élancés. Les façades latérales, avec leurs frontons triangulaires ajourés d'œils-de-bœuf et leurs bas-reliefs maniéristes, révèlent une attention au détail, jusqu'à la meurtrière dissimulée, qui ne manque pas d'intriguer. On notera avec une certaine ironie l'organisation quasi exclusive des ouvertures par paires, une rupture silencieuse avec les triplets si chers au Grand Siècle. L'intérieur, bien que vaste avec son grand hall et ses escaliers d'honneur, s'est vu contraint aux métamorphoses successives. Mais c'est le parc, autrefois de quatre-vingt-treize hectares, qui révèle pleinement l'éclectisme de l'époque et le goût du duc. Outre le charmant petit château des Musiciens, reprenant les motifs du grand, le domaine est émaillé de "fabriques" : une rotonde circulaire inspirée de Hardouin-Mansart à Versailles, une orangerie aux arcades évoquant le même modèle, et une fontaine murale, œuvre semble-t-il unique de Destailleur ici, avec ses curieuses concrétions. Le plus souvent, il s'agit de copies, des répliques en fonte de fer d'œuvres classiques, à l'exception notable des sphinges de marbre. Le dandy de Massa, amateur de fêtes somptueuses, faisait venir ses invités par train spécial pour des opéras donnés dans son théâtre néoclassique, une réplique miniaturisée de celui de Bordeaux, dont le souterrain menant au château témoigne d'une certaine théâtralité assumée. L'histoire du lieu est un concentré des caprices de la fortune : après des propriétaires aux destins variés, le marquis de Lauraguais, aussi fantasque qu'endetté, fut contraint à la vente. La construction de l'actuel château par le duc de Massa, dandy par excellence et collectionneur, marque l'apogée d'une certaine ostentation. Le parc abritait même une tour du guet de style troubadour, érigée bien avant le château principal, permettant d'admirer le panorama, une fantaisie romantique d'un autre temps. Mais la grandeur est éphémère. Transformé en sanatorium pour tuberculeux en 1929, le château a vu son faste s'effacer devant une fonction utilitaire et douloureuse. Sa lente dégradation, puis son abandon, ne furent qu'une conséquence logique, les tentatives de restauration et de reconversion en hôtel de luxe s'étant soldées par des échecs répétés. Aujourd'hui, loué pour des événements, avec l'espoir de quelques chambres d'exception, le château de Franconville peine à retrouver un souffle, ses trompe-l'œil sur des fenêtres murées signant une réalité plus prosaïque que l'ambition originelle. Il reste, par intermittence, un décor pour le cinéma, ultime reconnaissance d'une esthétique passée.