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Église Saint-Louis

Église Saint-Louis

20 chemin de Saint-Louis au Rove, Marseille

L'Envolée de l'Architecte

L'Église Saint-Louis de Marseille, nichée dans un quartier alors en pleine effervescence industrielle, représente une solution architecturale des plus pragmatiques face à des défis combinés de capacité, d'emplacement et de renouveau spirituel. Érigée sur une parcelle pentagonale de forme irrégulière, elle est l'œuvre de l'architecte Jean-Louis Sourdeau, qui, dès 1933, dut composer avec ces contraintes pour édifier un lieu de culte de neuf cents places, loin de la classique croix latine. Cette nécessité de s'adapter au terrain préfigure l'audace formelle de l'ensemble. L'édifice, inauguré en 1935 et reconnu Monument Historique en 1989, s'illustre par son emploi du béton armé, non seulement pour sa structure, mais également pour son expression décorative extérieure, une pratique alors résolument moderne pour un monument religieux. Le sculpteur Carlo Sarrabezolles a su tirer parti de cette technique novatrice, la taille directe dans le béton frais, pour façonner l'Archange Gabriel de neuf mètres de haut qui domine le clocher, ainsi qu'un Christ en croix de six mètres et demi sur la façade principale, accompagné d'une inscription en français, L'amour est plus fort que la mort, détail qui rompt avec les conventions latines pour s'adresser directement à un public populaire. On observe avec un certain intérêt le clocher, carré, mais orienté à quarante-cinq degrés par rapport à son assise, une torsion qui ajoute à la singularité de l'ensemble. L'intérieur de la nef est couronné d'une coupole de vingt et un mètres de diamètre, soutenue par un tambour cylindrique percé de quarante ouvertures. Ces dernières, ornées de rosaces, révèlent les premières lettres d'un hymne liturgique, Gloria in excelsis Deo et in terra pax, une ingéniosité qui allie la fonction structurelle à la dévotion. Les parois intérieures, initialement conçues pour une sobriété presque monacale, furent ultérieurement enrichies. François Carli et Louis Botinelly y ont respectivement apposé une Vierge à l'Enfant et une stèle de sainte Fortunée, la palme des martyrs en main, dont le marbre poli contraste avec un fond de mosaïque dorée. Le Chemin de Croix, œuvre du peintre Jac Martin-Ferrières, exécuté en une frise de fresques, témoigne de la rapidité d'exécution requise pour ces commandes post-dépression. Ce cycle narratif, parfois fragilisé par les outrages du temps, a heureusement bénéficié d'une récente restauration. Les vitraux, quant à eux, méritent une attention particulière. Ils ne sont pas de verre coloré traditionnel, mais de pavés de verre, selon la technique de la mosaïque transparente inventée par Jean Gaudin. Cette approche confère à la lumière une qualité diffuse et colorée, sans la préciosité des verrières classiques. Ils racontent, à travers des scènes dédiées aux saints et à l'histoire de Saint Louis, la piété locale et les grandes figures chrétiennes, avec des motifs évoquant la royauté, les croisades et les symboles maritimes. L'ensemble dénote une volonté de conjuguer une modernité des formes et des matériaux avec une tradition iconographique, le tout dans une économie de moyens et une efficacité pastorale évidentes pour l'époque.