Voir sur la carte interactive
Parc Monceau

Parc Monceau

Boulevard de Courcelles Boulevard Malesherbes Place de Rio-de-Janeiro, Paris 8e

L'Envolée de l'Architecte

Le Parc Monceau, à l'origine simple « folie de Chartres » sous l'impulsion du duc du même nom, se révèle moins un jardin qu'une anthologie de simulacres, un répertoire de caprices paysagers accumulés au fil des décennies. Conçu par Carmontelle dès 1773, non sans une certaine emphase pour rivaliser avec les fastes de Bagatelle et d'Ermenonville, cet espace se voulait un « pays d'illusions », une promenade pittoresque articulée autour de fabriques architecturales aussi diverses que déconcertantes. Loin de la sérénité classique, on y découvrait une ferme suisse côtoyant une pagode, une pyramide à l'égyptienne et les ruines d'un prétendu temple romain. C'était là un théâtre de verdure où l'on pouvait, avec un brin de dilettantisme, parcourir le monde sans quitter Paris, le tout avec une naïveté assumée, caractéristique du style anglo-chinois de l'époque. La présence de la Naumachie, ce bassin ovale bordé d'une colonnade corinthienne, n'est pas moins révélatrice. Ces colonnes ne sont point autochtones ; elles furent opportunément récupérées de la Rotonde des Valois, le monument funéraire avorté de Catherine de Médicis, détruit en 1719. Un tel recyclage, symptomatique d'une époque où l'histoire était un réservoir d'éléments décoratifs, confère au lieu une patine d'ancienneté factice, une dignité empruntée. L'art de l'ordonnancement consistait alors à brouiller les pistes, à mêler l'authentique et le simulacre avec un aplomb qui confine parfois au dérisoire. Par la suite, Thomas Blaikie fut chargé d'une transition vers un jardin à l'anglaise, plus soucieux d'un naturalisme tempéré, quoique toujours sous le contrôle d'une main experte. L'incursion de Claude Nicolas Ledoux, avec sa rotonde de la barrière de Chartres en 1787, marque une rupture stylistique notable. Ce pavillon d'octroi, érigé pour les besoins de la Ferme générale, introduit une rigueur néoclassique, une géométrie fonctionnelle qui tranche avec l'éclectisme ludique de Carmontelle. Que le duc ait pu jouir de la terrasse supérieure pour contempler son jardin, depuis ce poste de collecte fiscale, révèle une singulière coexistence entre plaisir esthétique et pragmatisme financier. Le jardin, un temps confisqué sous la Révolution, devint même le théâtre en 1797 du premier saut en parachute de l'histoire par André-Jacques Garnerin, une anecdote qui souligne la métamorphose de ce lieu princier en un espace public d'expérimentation audacieuse, avant qu'un projet macabre sous le Premier Empire n'envisageât de le transformer en cimetière. C'est sous le Second Empire, avec l'implacable restructuration haussmannienne, que le parc acquiert sa physionomie actuelle. Adolphe Alphand, l'ingénieur des Ponts et Chaussées, fut chargé de remodeler l'ensemble, amputant le domaine pour tracer de nouvelles artères et vendre des parcelles aux frères Pereire. Ces financiers y édifièrent, et firent édifier, de luxueux hôtels particuliers, transformant le parc en un écrin vert pour une nouvelle bourgeoisie opulente. Les grilles dorées de Gabriel Davioud, si monumentales, n'en sont pas moins les frontières d'un espace désormais civique, encadré par la spéculation immobilière. On y trouve aujourd'hui des reliques hétéroclites, telle cette arcade Renaissance de l'Hôtel de Ville incendié en 1871 lors de la Commune, transplantée ici comme un souvenir mélancolique d'une autre époque. Ou encore ces statues d'écrivains et musiciens, ajoutées à la fin du XIXe siècle, qui confèrent au parc une dimension de panthéon bucolique, un hommage figé à l'intelligentsia locale. Le Parc Monceau, in fine, apparaît comme un palimpseste urbain, une accumulation de couches historiques et de gestes architecturaux, oscillant entre l'utopie paysagère du XVIIIe siècle et l'ordonnancement fonctionnel du XIXe. Un lieu où l'artifice du jardin pittoresque côtoie la monumentalité urbaine, et où chaque élément, qu'il soit authentique ou pastiche, concourt à une atmosphère d'élégante ambiguïté qui a su charmer des artistes tels que Claude Monet et inspirer des romanciers comme Émile Zola. C'est peut-être dans cette superposition des intentions et des esthétiques que réside sa véritable richesse, bien loin des vaines tentatives d'un naturalisme illusoire.