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Ancien séminaire Saint-Sulpice(actuel hôtel des Finances publiques)

Ancien séminaire Saint-Sulpice(actuel hôtel des Finances publiques)

9 place Saint-Sulpice, Paris 6e

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice qui occupe aujourd'hui le flanc sud de la place Saint-Sulpice, et qui fut tour à tour séminaire puis hôtel des Finances, est avant tout le fruit d'une série de destructions et de refondations, témoignage éloquent des bouleversements urbains et des revirements politiques parisiens. L'emplacement même du premier séminaire, fondé par Jean-Jacques Olier et édifié entre 1649 et 1651 par Jacques Lemercier, fut sacrifié sur l'autel de la grandiloquence urbaine. L'ambition de Jean-Nicolas Servandoni, concevant la façade colossale de l'église Saint-Sulpice au XVIIIe siècle, exigeait un dégagement monumental, une respiration scénographique qui ne pouvait admettre la présence encombrante de l'ancien bâtiment. Sa démolition, effective bien plus tard, au début du XIXe siècle, libéra l'espace pour la place que nous connaissons. Le bâtiment actuel, achevé en 1838, est l'œuvre d'Étienne-Hippolyte Godde, architecte de la Ville. Commandé dans le contexte de la Restauration, alors que la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice retrouvait sa place après les affres révolutionnaires, il fut financé, fait significatif, aux deux tiers par l'État et un tiers par la Ville. Cela souligne le pragmatisme d'une époque cherchant à réconcilier l'autorité temporelle et spirituelle. Godde, dont le style se distingue par une rigueur néoclassique teintée de gravité, a livré un édifice d'une solennité imposante. Son inspiration, explicitement puisée dans les palais italiens, se manifeste par une ordonnance classique, une façade régulière, sobrement articulée. L'aspect "massif et austère" qui lui est attribué réside dans le traitement des surfaces, sans fioritures superflues, privilégiant la stabilité et la puissance du plein sur la légèreté du vide. Les fenêtres, distribuées avec une méticulosité quasi monacale, rythment la pierre de taille, conférant à l'ensemble une dignité toute institutionnelle. L'organisation en quatre corps de bâtiment autour d'une cour intérieure, "formant cloître", n'est pas un détail anodin. Elle évoque la tradition des ordres monastiques et des institutions savantes, créant un espace de recueillement et d'introspection à l'abri du tumulte extérieur. Ce dispositif, dialectique du plein et du vide, offre un cœur silencieux et ordonné, contrastant avec l'imposante masse périphérique. C'est l'essence même de l'architecture conventuelle, transposée ici dans un cadre urbain dense. Les matériaux, vraisemblablement la pierre de Paris, contribuent à cette impression de pérennité et d'intemporalité. L'histoire récente de l'édifice est à elle seule une leçon sur la volatilité des vocations architecturales. La loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 chassa les sulpiciens, transformant un haut lieu de formation ecclésiastique en un réceptacle temporaire pour les sinistrés de l'inondation de 1910, puis pour les réfugiés et permissionnaires de la Grande Guerre. La tentative avortée d'en faire un musée des artistes vivants est une anecdote révélatrice des hésitations et des utopies urbaines de l'époque. Finalement affecté au ministère des Finances en 1922, il a connu une reconversion qui, si elle semble prosaïque, n'est pas sans une certaine ironie pince-sans-rire : un lieu d'enseignement des âmes devenu temple des deniers publics. L'existence d'une chapelle dédiée à la Vierge, avec ses vitraux et son plafond à caissons, aujourd'hui "local administratif non accessible", parachève ce glissement, transformant un espace sacré en un simple volume fonctionnel, témoin silencieux d'un passé révolu. C'est un monument qui, par sa robustesse et sa générique noblesse classique, a su s'adapter aux contingences, incarnant cette forme d'architecture parisienne qui endure les âges, au gré des affectations et des humeurs de la République.