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Château du Mirail

Château du Mirail

5 allée Antonio-Machado, Toulouse

L'Envolée de l'Architecte

Le Château du Mirail, dont le nom pourrait évoquer le miroir des eaux ou des fastes passés, se dresse aujourd'hui, avec une certaine dignité tranquille, au cœur du campus de l'université Toulouse-Jean-Jaurès. C'est une trajectoire singulière pour cette bâtisse, érigée entre 1645 et 1680 par la famille de Mondran, sans doute sous l'impulsion de Guillaume de Mondran, un homme cultivé, membre de l'académie des beaux-arts. L'édifice, caractéristique de l'architecture classique toulousaine, déploie un plan en L, flanqué de deux tours carrées, le tout érigé dans la brique locale qui confère à tant de constructions de la ville rose leur chaleur et leur patine. On observe une composition classique, bien que largement remaniée au dix-huitième siècle, qui tempère l'austérité première. Le corps de bâtiment principal s'élève sur deux étages décroissants, une disposition fréquente, où les fenêtres du rez-de-chaussée, segmentaires, contrastent avec les ouvertures rectangulaires des niveaux supérieurs, soulignées d'une corniche au premier étage. Les portes, l'une simple au nord, l'autre ornée d'une agrafe sculptée d'une tête de lion au sud, attestent d'une attention aux détails, mais sans ostentation excessive. Le corps latéral ouest présente également cette décroissance des niveaux, avec des fenêtres à chambranles à crossettes, un motif qui signe l'élégance discrète de l'époque. Au-delà des murs, le parc de soixante-douze mille mètres carrés, jadis aménagé avec une orangerie et un vivier par Guillaume de Mondran, puis réhabilité au dix-huitième siècle avec un bassin et un long canal, exploite adroitement la topographie. Un escalier tournant à trois volées relie les terrasses supérieure et inférieure de la Garonne, créant une articulation fluide entre les niveaux du paysage. Au milieu de ce domaine, un pigeonnier du début du dix-huitième siècle, classé monument historique, témoigne de l'organisation agricole d'antan. Bâti en brique sur quatre piliers voûtés en plein cintre, il arbore un large cordon mouluré, une astuce architecturale pour dissuader les rongeurs, avant de s'ouvrir à l'étage par une porte discrète et des lucarnes pour les volatiles. L'histoire du Mirail ne s'est pas limitée à ses fondations. Elle est jalonnée de transformations, depuis sa conversion en camp militaire sous la Révolution, entraînant les volontaires des armées des Pyrénées, jusqu'à son acquisition par les jésuites en 1946 pour y établir une école agricole puis une maison de retraite spirituelle. C'est finalement en 1967 que le château intègre l'université du Mirail, alors que l'audacieux projet urbain de Candilis, Josic et Woods érigeait un campus moderniste à ses pieds. La confrontation entre la retenue classique du château et l'expansion radicale des bâtiments universitaires des années soixante-dix offre un curieux dialogue architectural. Aujourd'hui, l'édifice, ayant abandonné sa fonction administrative, abrite le Laboratoire de recherche en architecture. Une nouvelle vocation, peut-être la plus appropriée, pour ce témoin séculaire des mutations d'un territoire, où l'étude des formes et des fonctions continue de s'ancrer dans un passé tangible.