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Collégiale Saint-Martin de Montmorency

Collégiale Saint-Martin de Montmorency

Montmorency

L'Envolée de l'Architecte

La collégiale Saint-Martin de Montmorency, érigée sur son éperon rocheux, se présente moins comme un simple lieu de culte que comme l'expression architecturale d'une lignée. Fruit d'une volonté dynastique, celle des Montmorency, elle fut dès le douzième siècle conçue par Mathieu Ier pour affirmer son pouvoir face à l'abbaye de Saint-Denis, en fondant sa propre nécropole. Des vestiges lapidaires, modestes témoignages de cette première fondation, reposent aujourd'hui au Louvre, laissant deviner une histoire en grande partie effacée. L'édifice actuel, dont la construction fut initiée en quinze cent quinze par Guillaume de Montmorency, adopte un style gothique flamboyant, alors à son apogée. La première campagne de travaux, achevée à la mort de Guillaume en quinze cent trente et un, donne au chœur ses élégantes travées et sa fine flèche charpentée, ainsi que son portail septentrional. Cependant, c'est l'intervention de son fils, Anne de Montmorency, dès quinze cent cinquante-sept, qui révèle une singulière posture architecturale. Alors que son château d'Écouen incarne la pleine Renaissance, le Connétable exige de son architecte Jean Bullant de poursuivre la nef dans le même style flamboyant. Ce choix, un anachronisme assumé, n'est pas un caprice, mais une revendication affirmée d'une tradition familiale, une permanence stylistique en dépit des modes. La nef est achevée en quinze cent soixante-trois, mais le gros œuvre seulement, et sans façade occidentale digne de ce nom. Le tumulte de l'histoire n'épargne pas la collégiale. Le déclin de la lignée de Montmorency voit l'édifice perdre son rôle exclusif de nécropole. Henri II, peu avant son exécution en seize cent trente-deux, officialise son statut d'église paroissiale. Plus tard, les princes de Condé tentent d'achever la façade occidentale, esquissant en seize cent quatre-vingt-sept un projet d'arc de triomphe d'ordre colossal, selon les dessins de Bullant lui-même, un nouveau décalage stylistique qui restera inachevé. La Révolution française, dans sa fureur iconoclaste, détruit la quasi-totalité du mobilier funéraire, notamment le somptueux mausolée d'Anne de Montmorency, dont les gisants et colonnes sont aujourd'hui dispersés entre le Louvre et les Beaux-Arts. Seule la structure fut préservée, faute d'autre lieu de culte dans la ville. Le dix-neuvième siècle marque une période de restauration et de parachèvement. Classée dès dix-huit cent quarante, la collégiale retrouve une partie de sa splendeur sous l'impulsion de Lucien Magne. C'est à lui que l'on doit l'achèvement de la façade occidentale et l'édification du clocher néogothique entre dix-huit cent quatre-vingt-douze et dix-neuf cent neuf, intégrant les éléments stylistiques des campagnes précédentes, une synthèse qui témoigne de l'évolution des doctrines de restauration. À l'extérieur, l'édifice présente une silhouette massive, dominatrice. L'appareil est en pierre de taille. Les fenêtres des collatéraux révèlent une richesse de remplages flamboyants, variés selon les époques de construction. Le portail septentrional, seigneurial, déploie une ornementation raffinée, tandis que la façade occidentale du dix-neuvième siècle intègre habilement une vaste baie flamboyante et un bas-relief de Martin de Tours. L'intérieur révèle un plan simple mais efficace. Jean Bullant a su créer une atmosphère solennelle par l'emploi de piliers cylindriques massifs, dépouillés de chapiteaux, et par l'éclairage indirect de la nef, privée de fenêtres hautes. Cette pénombre feutrée convenait idéalement à sa fonction funéraire initiale. L'architecte joue avec la perception, les proportions des bas-côtés visant à donner l'illusion d'une nef plus large et plus haute qu'elle ne l'est réellement, les voûtes n'atteignant que treize mètres. Les arcades en plein cintre, concession notable à la Renaissance, contrastent avec les voûtes en arc brisé, aux nervures à liernes et tiercerons, qui conservent l'esthétique flamboyante. Les clés de voûte, souvent ornées des écus des Montmorency, ont été restaurées au dix-neuvième siècle, témoignant de la destruction révolutionnaire. Le trésor le plus précieux de la collégiale réside sans conteste dans sa série exceptionnelle de quatorze vitraux de la Renaissance. Réalisés entre quinze cent vingt-quatre et quinze cent quarante-cinq pour le chœur, puis en quinze cent soixante-trois pour la nef, ces œuvres constituent une véritable galerie de portraits de la maison de Montmorency et de son entourage. Offerts par la famille, ils célèbrent moins l'édification des fidèles que la grandeur d'une dynastie. Le vitrail dit des Alérions, au-dessus du portail septentrional, est à cet égard un manifeste éloquent. Dépourvu de donateur, il expose des figures féminines à la beauté presque immatérielle, incarnant davantage les valeurs humanistes de la Renaissance, la concordance du beau, du bien et du vrai, qu'une invitation au recueillement. D'autres, plus tardifs, comme celui de la bataille de Bouvines sur la façade occidentale, continuent de glorifier l'histoire des Montmorency. La collégiale abrite également des témoignages émouvants de la colonie polonaise du dix-neuvième siècle, avec les cénotaphes de Kniaziewicz et Niemcewicz, et le monument du prince Czartoryski, rappelant l'accueil de cette communauté à Montmorency. Ainsi, au-delà de ses pierres et de ses verrières, la collégiale Saint-Martin offre une lecture stratifiée de l'histoire, des ambitions féodales aux aléas politiques, en passant par les évolutions stylistiques et les restaurations successives, un miroir complexe des époques qu'elle a traversées.