Place du Palais-Royal 1 à 7 rue de Valois 2 à 8 rue de Montpensier Place Colette, Paris 1er
Le Palais-Royal n'est pas tant un édifice qu'un ensemble composite, un palimpseste architectural dont chaque strate révèle une ambition, une rupture ou un compromis financier. Son origine, le Palais-Cardinal de Richelieu, fut un manifeste de puissance personnelle érigé à deux pas du Louvre, une audace rare pour un sujet. L'architecte Jacques Lemercier y déploya un classicisme naissant, dont les vestiges, telle la galerie des Proues avec ses rostres marins, rappellent l'omniprésence du pouvoir, même dans les détails ornementaux les plus singuliers. Corneille, avec un enthousiasme que l'on qualifierait aujourd'hui de dithyrambique, y voyait déjà un monument égalant la démesure des dieux. Un art de la démonstration, voué pourtant à l'incendie et aux altérations successives. Après un intermède royal et l'abandon par Louis XIV, l'apanage des Orléans marque un tournant. Le Palais-Royal devient un contre-poids à Versailles. Sous la Régence de Philippe d'Orléans, et l'impulsion de l'architecte Oppenord, l'édifice se pare des frivolités et des élégances du style rocaille, un assouplissement des formes qui n'était pas sans lien avec la relâche des mœurs. Les salons virent défiler fêtes galantes et soupers animés, sous l'œil acerbe de Saint-Simon qui fustigeait les incartades du Régent aux bals de l'Opéra, alors intégré au palais. Ces fêtes, ces bals masqués, n'étaient pas que divertissement ; ils symbolisaient un Paris retrouvant une centralité mondaine et politique, loin de l'étiquette compassée de la Cour. Mais c'est l'opération immobilière de Philippe d’Orléans, duc de Chartres, futur Philippe Égalité, qui conféra au Palais-Royal son caractère le plus singulier. Endetté, le duc entreprit une transformation radicale par l'architecte Victor Louis, encadrant le jardin de galeries uniformes. Ces 180 arcades, rythmées par des pilastres d'ordre composite, devinrent une machine à profits, un prototype de centre commercial où le luxe des boutiques côtoyait les plaisirs les plus divers – théâtres, cafés, et surtout le jeu et la prostitution, faisant du Palais un repaire de toutes les tentations. Le Cirque, édifice souterrain à colonnes ioniques abritant des commerces, témoignait d'une audace architecturale et commerciale tout à fait novatrice, malheureusement vouée à la destruction par le feu. C'était là que Camille Desmoulins lança son appel à l'insurrection, mêlant le sublime de la Révolution au terre-à-terre des spéculations et des intrigues. Diderot, avant lui, s’y promenait, laissant son esprit vagabonder, ses « catins » de pensées suivant les passantes. Après les turbulences révolutionnaires et l'incendie de la Commune, qui épargna miraculeusement l'essentiel, le Palais-Royal se sédentarise. De résidence royale et foyer de débauche, il se mue en respectable siège administratif, abritant désormais le Conseil d'État, le Conseil constitutionnel et le ministère de la Culture. L'intervention de Daniel Buren en 1986, avec ses "Deux Plateaux", injecta une dose d'art contemporain minimaliste au cœur de la cour d'honneur, déclenchant une polémique qui est la marque de fabrique de toute intervention architecturale d'envergure à Paris. Un monument constamment réinventé, témoin des caprices du pouvoir, des mutations de la société et des audaces formelles, un lieu où l'histoire se lit à travers ses incessantes métamorphoses.