Rue des Ayres, Bordeaux
L'église Saint-Paul-Saint-François-Xavier, cet édifice bordelais du XVIIe siècle, offre un témoignage intéressant de l'architecture jésuite de la Contre-Réforme, moins par une audace formelle que par sa stricte adhésion aux canons établis. Son plan, directement inspiré de l'église du Saint-Nom-de-Jésus à Rome, la célèbre Il Gesù, et de l'église Saint-Paul-Saint-Louis de Paris, révèle une filiation indéniable. Les Jésuites, soucieux de consolider leur présence et leur enseignement dans la ville, entreprirent cette construction entre 1661 et 1673. Financée, il est vrai, en partie grâce à la générosité d'une certaine Olive de Lestonnac, propriétaire du Château Margaux, l'édifice révèle d'emblée une ambition qui fut, par certains aspects, tempérée par les réalités matérielles. On note ainsi l'absence d'une coupole, initialement prévue à la croisée du transept, dont la réalisation fut compromise par un manque de fonds. Une absence qui, aujourd'hui encore, signale une discontinuité dans l'élévation intérieure. La nef, longue de quarante-cinq mètres et large de dix-neuf, s'anime de voûtes en arcs doubleaux, encadrées de chapelles latérales, certes peu profondes, mais dont l'ampleur contribue à la spatialité générale. Cet agencement typiquement baroque, centré sur la liturgie et l'éloquence sacrée, privilégie une perspective directe vers le sanctuaire. C'est dans ce sanctuaire que se déploie l'élément le plus spectaculaire et le plus tardif de l'ensemble : le maître-autel. Réalisé entre 1741 et 1748, il résulte de la collaboration de Guillaume Coustou fils et de Pierre Vernet. L'apothéose de Saint François Xavier, sculptée par le jeune Coustou, domine l'autel en marbre vert. L'ensemble, avec son tabernacle et son baldaquin orné de colonnes corinthiennes en marbre rouge du Languedoc, forme une composition complexe mais stylistiquement cohérente. Il est à noter, et l'anecdote est suffisamment édifiante pour être rapportée, que ce retable fut épargné des fureurs révolutionnaires par une astuce fort prosaïque : le saint fut affublé d'un bonnet phrygien, d'une moustache au charbon et d'attributs profanes, le rendant ainsi suffisamment ridicule pour échapper à la destruction. Un sens de l'opportunisme certain chez les fidèles de l'époque. Plus récemment, en 2007, une intervention moderne est venue ponctuer l'espace. Un lustre métallique, œuvre de Jean-François Buisson, fut installé au croisement du transept et de la nef. Cet imposant objet, conçu comme une sphère centrale entourée d'éléments gravitant, se substitue au puits de lumière naturelle que la coupole inachevée aurait dû offrir. Ses lumières aux teintes changeantes, adaptées aux temps liturgiques, offrent une interprétation contemporaine de l'éclairage sacré, questionnant, sans doute, la permanence des canons. Depuis 1992, les dominicains de la province de Toulouse veillent sur cette église, continuant d'y assurer le culte catholique. L'édifice, classé monument historique depuis 1997, demeure un jalon significatif de l'architecture bordelaise, reflet des ambitions spirituelles et des contingences économiques de son temps.