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Musée des beaux-arts

Musée des beaux-arts

Place François-Sicard Rue Fleury Rue des Ursulines Rue du Général Meusnier, Tours

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice qui abrite le Musée des Beaux-Arts de Tours n'est pas une création monolithique, mais une sédimentation patiente de l'histoire, un ancien palais épiscopal dont les fondations s'ancrent dans le rempart du IVe siècle. Il y a là une persistance remarquable du passé, une tour d'angle et des vestiges de chapelle témoignant d'une présence continue, remodelée, jamais entièrement effacée. Le XIIe siècle ajouta l'aile du Synode, espace monumental qui, par ses multiples transformations, devint le théâtre des États Généraux du royaume à deux reprises. C'est un exemple frappant de l'architecture fonctionnelle qui se plie aux exigences du pouvoir. Puis, les ambitions des prélats successifs ont laissé leur empreinte. Mgr Bertrand d'Eschaud au XVIIe siècle, suivi par Mgr Rosset de Fleury qui dota le palais d'un fronton et d'un attique, orchestrant les terrasses pour qu'elles épousent la courbure antique de l'amphithéâtre romain, une intégration urbaine plutôt élégante pour l'époque. Enfin, Mgr de Conzié, en 1775, offrit à l'ensemble son imposant portail et l'hémicycle de la cour d'honneur, convertissant l'austère salle du Synode en une chapelle archiépiscopale ornée d'une colonnade à l'antique. Chaque intervention révèle une époque, une esthétique, un compromis parfois forcé entre le sacré, le fonctionnel et l'apparat. La Révolution, comme souvent, redistribua les cartes. Le palais, de lieu de culte et de pouvoir, devint tour à tour théâtre, école, puis, par un pragmatisme révolutionnaire certain, dépôt d'œuvres confisquées. C'est en 1795 qu'il ouvrit ses portes au public en tant que musée, témoignant de la volonté nouvelle d'accéder au patrimoine. Une itinérance forcée marqua le XIXe siècle, les collections étant ballotées entre divers sites avant que la ville ne réintègre l'ancien palais épiscopal en 1910, lui offrant enfin une demeure pérenne. Ce retour aux sources est d'autant plus pertinent que le sous-sol conserve les traces de Caesarodunum, l'antique Tours, un rappel constant de l'épaisseur historique du lieu. Les collections, héritage des saisies révolutionnaires, puis enrichies par de généreux legs, offrent un panorama éclectique. On y trouve des primitifs italiens, grâce notamment à la collection Octave Linet, qui place Tours en position enviable après le Louvre et Avignon pour ce domaine. L'accrochage juxtapose Mantegna, dont deux panneaux de la prédelle de San Zeno sont ici, avec des œuvres de Rubens et un rare Rembrandt, La Fuite en Égypte, illustrant la portée internationale de ses fonds. La sculpture n'est pas en reste, avec un bronze de la Diane chasseresse de Houdon, d'une élégance rare, ou encore l'énigmatique Balzac drapé de Rodin. Et pour la touche singulière, l'on y rencontre même Fritz, un éléphant empaillé, et un cèdre du Liban classé, symboles inattendus de cette richesse et de cette capacité à intégrer l'insolite dans le cadre muséal. Cet ensemble disparate mais cohérent témoigne moins d'une vision unifiée que d'une agrégation opportune de splendeurs, par-delà les siècles et les styles.