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Église Saint-Bruno-les-Chartreux

Église Saint-Bruno-les-Chartreux

1er arrondissement, Lyon

L'Envolée de l'Architecte

La genèse de l'église Saint-Bruno-les-Chartreux, l'une des rares manifestations du baroque à Lyon, s'inscrit dans le zèle de la Contre-Réforme, où la colline de la Croix-Rousse, autrefois lieu de culte antique, retrouva une vocation religieuse intense. Fondée en 1580 par les Chartreux de Grenoble, dont l'ordre bénéficiait d'exemptions royales et d'une promesse de don jamais honorée par Henri III, la chartreuse s'étendit méthodiquement, veillant à éloigner tout voisinage perturbateur de la contemplation monastique.La construction de l'église elle-même s'étira sur près de deux siècles. Un premier édifice, initié en 1590 par Jean Magnan, constitua le chœur originel. C'est au XVIIIe siècle que le projet prit son ampleur baroque, sous l'impulsion de Ferdinand-Sigismond Delamonce. Après un premier plan jugé insatisfaisant, Delamonce conçut l'intégration du chœur ancien à une nouvelle nef, un transept et un dôme monumental. On notera que le Consulat de Lyon finança ce dôme à la condition explicite qu'il soit visible depuis le centre-ville, une injonction urbaine peu commune. Jacques-Germain Soufflot, futur architecte du Panthéon parisien, reprit ensuite le chantier, conférant à l'édifice une rigueur certaine.L'extérieur, longtemps d'une grande sobriété, fut profondément remodelé au XIXe siècle par Louis Sainte-Marie-Perrin lors de sa transformation en église paroissiale. La façade, désormais une composition en retrait sur trois niveaux, déploie un porche ionique et dorique, surmonté d'une citation latine évoquant le repos pour les âmes chargées – une allusion, nous dit-on, à la souscription des canuts lyonnais, contribution populaire méritant d'être soulignée. Le dôme, quant à lui, culmine à cinquante mètres, un repère visuel indéniable, percé de lucarnes et d'œils-de-bœuf, surmonté du globe et de la croix, emblèmes cartusiens.À l'intérieur, l'édifice témoigne d'une ambition décorative, tempérée néanmoins par l'esprit d'austérité de l'ordre. Les statues de saint Bruno et saint Jean-Baptiste de Jacques Sarrazin, originellement dans le chœur, révèlent une sculpture baroque tempérée, caractérisée par un mouvement contenu et une intense intériorité. Le chœur, ancien cœur de l'église primitive, est orné de stalles rocaille de Marc II Chabry, dont les motifs floraux et coquilliers dialoguent avec les volutes. Le lutrin, d'une symbolique trinitaire, déploie un aigle surmontant une colonne de vigne, reposant sur une colombe.La croisée du transept est marquée par l'Arc Munet, œuvre de Melchior Munet selon les plans de Delamonce, une structure puissante aux pilastres doriques. L'autel, conçu par Servandoni et modifié par Soufflot, présente la particularité d'être à double face, permettant la célébration des offices tant pour les moines que pour les fidèles. Le baldaquin de Servandoni, un ensemble somptueux de marbre, de bois stuqué, de cuivre doré et de drapé plâtré, visait à magnifier la présence eucharistique. L'évolution de ses motifs, des fleurs de lys présumées aux trèfles sans tige révélés par la restauration, offre une curieuse parenthèse historique. Le dôme intérieur, orné des quatre évangélistes de Jean-Baptiste Pigalle dans ses pendentifs, éclaire l'espace par ses fenêtres ovales.La nef, achevée plus tardivement, offre un décor plus sobre, en adéquation avec la règle cartusienne. Ses voûtes en anse de panier et sa corniche dentelée contrastent avec la richesse de la croisée. Les chapelles latérales, rénovées au XIXe siècle, furent malheureusement privées de leur lumière naturelle par l'obstruction de leurs fenêtres, altérant sans doute leur perception originelle. L'orgue, ajout tardif de 1890, souligne l'évolution de l'église, jadis réticente à toute fioriture musicale, en un lieu de culte paroissial, et est aujourd'hui réputé comme l'un des meilleurs de Lyon dans sa catégorie.