Voir sur la carte interactive
Église Saint-Saturnin

Église Saint-Saturnin

Avenue de la République, Gentilly

L'Envolée de l'Architecte

L'Église Saint-Saturnin de Gentilly, loin d'être un geste architectural univoque, se présente plutôt comme un palimpseste subtil, érigé sur les lointains vestiges d'une abbaye du VIIe siècle, fruit de la munificence de Dagobert envers saint Éloi. Cette fondation, ancrée dans la terre et l'histoire, confère d'emblée à l'édifice actuel, datant pour l'essentiel du XIIIe siècle, une profondeur rarement perceptible au premier coup d'œil. La structure médiévale, caractéristique de l'architecture gothique naissante, fut soumise aux vicissitudes du temps et, sans doute, à certaines approximations constructives. L'effondrement partiel de la nef au XVIe siècle imposa d'importantes réfections, lesquelles, tout en consolidant la bâtisse, en modifièrent le caractère initial. C'est ainsi que l'édifice se voit augmenté d'éléments stylistiques de la Renaissance, témoignage d'une époque contrainte de réadapter l'existant plutôt que de créer ex nihilo, mêlant les strates temporelles avec une certaine pragmatique indifférence aux purismes. Puis, le XIXe siècle, avec son goût prononcé pour la réinterprétation et le pastiche, vint apposer son sceau sur la façade occidentale par un portail néo-gothique. Cette adjonction, si elle cherchait à restaurer une certaine authenticité médiévale, ne fait qu'ajouter une nouvelle couche d'historicisme, décalée des aspirations stylistiques de son temps. À l'intérieur, la composition spatiale reste celle d'une église paroissiale classique : une nef flanquée de bas-côtés s'achevant sur une abside polygonale, configuration offrant une progression vers l'autel, typique de l'organisation liturgique. L'intérêt se porte alors sur les quelques éléments qui, par leur permanence, nous renseignent sur les us et coutumes locaux. Un vitrail, datant des alentours de 1500, arbore les armoiries de la famille de Malingre, rappelant l'ancrage social et le patronage des élites locales. Plus tard, à la fin du XIXe siècle, l'iconographie s'humanise et se moralise avec la représentation de saint Vincent-de-Paul menant les enfants trouvés vers Bicêtre, non loin de là, illustrant un engagement social lié à l'institution voisine. La présence d'un vitrail évoquant la translation de la Maison de Lorette témoigne quant à elle de dévotions mariales populaires et persistantes. Il est à noter que la tradition locale prête à Ignace de Loyola, le fondateur de la Compagnie de Jésus, d'y avoir prié, ajoutant ainsi une touche d'illustre incertitude à la longue liste des anonymes qui ont fréquenté ses murs. L'environnement urbain de l'église a également connu ses mutations, notamment la couverture de la Bièvre au début des années 1950, événement qui, pour le coup, a irrémédiablement altéré la relation de l'édifice avec son cours d'eau naturel. La classification de l'édifice au titre des monuments historiques en 1989, relativement tardive au regard de son ancienneté et de sa complexité, marque une reconnaissance officielle de sa valeur patrimoniale, tardive mais nécessaire pour cet assemblage de pierres et d'histoires.