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Chapelle Saint-Julien-des-Enfants-Rouges

Chapelle Saint-Julien-des-Enfants-Rouges

90 rue des Archives, Paris 3e

L'Envolée de l'Architecte

L'établissement connu jadis sous le nom d'hôpital des Enfants-Rouges, dont la chapelle Saint-Julien constitue l'un des rares vestiges encore discernables, illustre avec une certaine acuité les préoccupations sociales et les solutions architecturales pragmatiques du Paris du XVIe siècle face au fléau de l'abandon infantile. De l'édifice originel, il ne subsiste guère qu'une empreinte, le contour du chevet de la chapelle, discrètement intégré au tissu urbain de la rue des Archives, au numéro 90. Cela en dit long sur la modestie de l'architecture institutionnelle de l'époque, souvent plus préoccupée par sa fonction utilitaire que par une quelconque grandiloquence formelle ou une démonstration de style architectural académique. On ne cherchait pas ici l'ostentation, mais l'efficience, un abri. Les bâtiments du 87 rue des Archives attestent également, par leur persistance, de l'envergure passée de cet hospice. Avant cette initiative, l'Hôtel-Dieu, véritable agrégat de la misère humaine, agglomérait toutes les pathologies et toutes les détresses, où la contagion décimait sans distinction. L'idée de Marguerite de Navarre et de Jean Briçonnet, son exécuteur testamentaire en quelque sorte, octroyée par lettres patentes royales et dûment financée en 1534, ne relevait pas seulement de la charité chrétienne ; elle témoignait d'une prise de conscience proto-hygiéniste, d'une rationalisation, somme toute embryonnaire, de l'assistance publique. L'acquisition d'une maison dotée d'une cour et d'un jardin en 1535 marque une tentative de créer un environnement plus sain et propice à la survie de ces jeunes vies. L'appellation même de l'hospice mérite que l'on s'y attarde. Loin de l'imagerie romantique d'orphelins vêtus d'une coûteuse teinture carmin, l'expression « Enfants-Rouges » découle, avec une cruauté historique certaine, de la cause du décès de leurs mères en couches, les distinguant ainsi des « enfants bleus » souvent cyanotiques par le froid de l'abandon. Une distinction lexicale qui révèle l'âpre réalité des conditions de survie infantile au XVIe siècle. Le destin de ces lieux fut d'ailleurs à l'image des bouleversements sociétaux. Après sa fusion avec l'hôpital des Enfants-Trouvés et sa suppression officielle en 1772, les bâtiments furent acquis par les prêtres de la Doctrine Chrétienne. Mais la Révolution, avec son élan de désacralisation et de nationalisation des biens ecclésiastiques, ne manqua pas de bousculer cet ordre nouveau. La chapelle, dont un vitrail du chœur célébrait jadis les armoiries des Briçonnet et des Raguier, se mua en lieu de réunion pour la redoutable section de l'Homme-Armé, un usage pour le moins profane qui témoigne de la rupture radicale avec les fonctions ecclésiastiques et caritatives d'antan. Les ventes successives de 1795 et 1796, avec l'obligation de percer de nouvelles voies, scellèrent la fragmentation du domaine. Ce qui subsiste aujourd'hui, et qui fut inscrit au titre des monuments historiques en 1925, consacre non pas une prouesse architecturale éclatante, mais la mémoire d'une institution pionnière, une trace ténue d'une histoire sociale complexe et souvent oubliée, où l'architecture, même modeste et fragmentaire, sert de support à la grande narration des évolutions urbaines et humaines.