Voir sur la carte interactive
Château de la Chasse

Château de la Chasse

Chemin de Montlignon à Bouffémont, Saint-Prix

L'Envolée de l'Architecte

L'on découvre le Château de la Chasse, niché au cœur de la forêt de Montmorency, comme une sorte de témoignage contrarié de l'histoire architecturale. Loin de l'ostentation des grandes forteresses, cet édifice, dont le nom proviendrait plus sûrement du gaulois cassanos pour chêne que de la vénerie cynégétique, n'a jamais été qu'un relais, une halte fonctionnelle. Dès le IXe siècle, Éginhard le signale comme un castelluim imprenable, doté d'un double fossé, prélude à sa vocation militaire. Sa construction, attribuée à Mathieu II de Montmorency au début du XIIIe siècle, en fait une miniaturisation presque ironique des grands châteaux royaux de l'époque, juxtaposant des archères défensives à des fenêtres résidentielles, une ambivalence fonctionnelle déjà notable. Initialement inscrit dans un carré strict de vingt mètres de côté, avec quatre tours de six mètres de diamètre reliées par des courtines de douze mètres, il affichait une régularité certaine. Le rez-de-chaussée, entièrement aveugle, attestait de sa prudence médiévale. Pourtant, son existence fut tout sauf linéaire. Garnison durant la guerre de Cent Ans, il fut le théâtre de la célèbre querelle des Nivelle en 1463, où Jean II de Montmorency déshérita ses aînés, donnant naissance à l'expression Ce chien de Jean de Nivelle qui s'enfuit quand on l'appelle. C'est une histoire de famille comme tant d'autres, mais qui marque un lieu. Puis, les fastes du XVIe siècle l'eurent tôt fait d'oublier, supplanté par le confort d'Écouen. Le XVIIIe siècle lui apporta une transformation singulière : le petit-fils du Grand Condé, souhaitant le démolir, se contenta d'en tronquer les tours en biais et de les coiffer de tuiles, lui conférant un charme nouveau mais dénaturant sa vocation première. Cette intervention est caractéristique d'une époque où la fonctionnalité et l'agrément l'emportaient sur la pureté historique. Des esprits curieux comme Rousseau, Bernard de Jussieu ou Louis-Augustin Bosc d'Antic y trouvèrent ensuite un havre de réflexion et d'observation botanique. Sous l'Empire, il devint un lieu de promenade privilégié pour Louis Bonaparte et la reine Hortense, et même Victor Hugo y aurait puisé l'inspiration. Tombé en déshérence au début du XXe siècle, transformé en ferme, il fallut attendre 1933 pour qu'il soit inscrit aux monuments historiques, puis 1973 pour que l'État s'en porte acquéreur et confie sa restauration à l'ONF. Aujourd'hui, il ne se visite plus comme une demeure mais comme un espace pédagogique, ses trois étangs, aménagés plus tardivement, lui conférant une aura romantique, une sorte de rachat paysager pour tant de transformations et d'oublis. Ses arêtes en angle droit sur les tours, purement décoratives, offrent un jeu d'ombre et de lumière qui, malgré les vicissitudes, témoigne encore d'une certaine recherche esthétique.