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Café Brant

Café Brant

11, place de l'Université, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

Au cœur de la Neustadt strasbourgeoise, érigé en 1896 sous l'égide de l'Empire allemand, le bâtiment abritant aujourd'hui le Café Brant illustre avec une éloquence certaine les continuités et les ruptures fonctionnelles de l'architecture urbaine. Sa conception initiale, fruit de la collaboration entre Eduard Ess et l'entrepreneur Andreas Ess, prévoyait un restaurant au rez-de-chaussée, une disposition typique pour un édifice situé sur une place aussi stratégique que celle de l'Université. La façade de l'époque, probablement marquée par la robustesse d'une maçonnerie soignée et une ornementation discrète mais affirmée, s'intégrait dans la grande trame urbaine de la Neustadt, vaste projet d'extension impériale conçu pour symboliser la puissance et la modernité. Les larges baies vitrées de ce niveau, destinées à capter la lumière et à offrir une visibilité sur la place, annonçaient déjà un lieu ouvert sur le monde, un point d'ancrage social. Pourtant, la destinée de l'édifice ne fut pas linéaire. Après seulement quelques décennies, l'agitation des cuisines et des salles à manger laissa place, de 1921 à 1932, au plus prosaïque vrombissement des moteurs automobiles : le restaurant devint un garage. Cette transformation est révélatrice des ajustements rapides auxquels les bâtiments urbains sont parfois soumis, témoignant de l'évolution des priorités sociétales, de la gastronomie à la mobilité. L'intermède fut suivi par une reconversion vers une forme de sociabilité plus douce et intime, avec l'ouverture du salon de thé Mon Plaisir, orchestrée par Madeleine Canet, qui signa un retour à une certaine délicatesse des échanges. L'identité actuelle du Café Brant, relancée en 1988 et magnifiquement repensée après une rénovation majeure en 2013-2014, est un hommage assumé à l'esthétique des grands cafés viennois. Cet aménagement intérieur, avec ses murs d'un blanc cassé, ses boiseries chaleureuses, l'éclat des lustres de style Belle Époque et les appliques murales dont les cadres sont rehaussés de feuilles d'or, crée une atmosphère d'une élégance intemporelle. Il ne s'agit pas là d'une simple décoration, mais d'une recréation délibérée d'un cadre propice à la conversation, à la lecture, ou à l'observation discrète, comme il est de coutume dans ces havres de culture centre-européenne. Cette évocation stylistique n'est pas anodine ; elle ancre l'établissement dans une tradition européenne de lieux où se forgeaient les idées et s'échangeaient les pensées, faisant écho à son nom même, celui de l'humaniste strasbourgeois Sébastien Brandt. L'histoire foisonnante de ce bâtiment, de son origine impériale à son actuelle incarnation, en fait un témoin privilégié des métamorphoses de Strasbourg. Son inscription au titre des monuments historiques depuis 2014 consacre non seulement sa valeur architecturale intrinsèque, mais aussi son rôle continu en tant que point de repère culturel et social au sein d'une ville en constante évolution.