Commeny
L'église Saint-Martin de Commeny, à l'instar de bien des édifices ruraux, offre le spectacle d'une sédimentation architecturale dont l'hétérogénéité est davantage le fruit des contingences historiques et financières que d'une intention stylistique unifiée. C'est un assemblage de périodes, où le gothique primitif côtoie le flamboyant et une Renaissance d'une simplicité parfois déconcertante. Érigée peu après la fondation paroissiale de 1161, la construction initiale, achevée au début du XIIIe siècle, présentait une structure gothique primitive soignée, en témoignent encore les grandes arcades du nord de la nef, à double rouleau, délicatement moulurées. Le chœur, d'une seule travée, conserve une voûte médiévale dont les ogives à arête entre deux tores révèlent une facture classique pour la période. Cependant, les fenêtres, remaniées, et le chevet aveugle par l'installation ultérieure d'un retable, altèrent la perception de cet ensemble originel. Les vicissitudes de la Guerre de Cent Ans contraignirent à des remaniements significatifs. Au début du XVIe siècle, les croisillons du transept et les dernières travées des bas-côtés furent reconstruits en style gothique flamboyant. On y observe des ogives au profil prismatique complexe et des remplages de fenêtres caractéristiques, bien que le transept, par des arcades plus basses et épaisses, ait perdu sa prestance pour s'assimiler aux bas-côtés, témoignant déjà d'une certaine pragmatique fonctionnelle plutôt que d'une grandeur architecturale. C'est ensuite en 1568, date inscrite sous une clé de voûte, que la nef et ses bas-côtés furent dotés de voûtes d'ogives. Cette entreprise de voûtement, non prévue initialement, imposa la suppression des fenêtres hautes et la réfection d'une partie des grandes arcades du sud et des murs. Le profil de ces voûtes, d'une grande sécheresse, avec des ogives de section carrée et des doubleaux en arc brisé surbaissé, ainsi que l'emploi de colonnes toscanes, évoque une Renaissance résolument rustique. L'on est loin des grands chantiers parisiens ; l'exécution locale, sans doute soucieuse de l'économie, privilégia ici la fonctionnalité à l'ornementation opulente. Le XIXe siècle, lui, apporta son lot de transformations qui ne furent pas sans conséquences. Face à la vétusté et à la poussée des voûtes menaçant la stabilité de la nef, d'audacieuses, mais peu orthodoxes, mesures de renforcement furent mises en œuvre. Des lames de fer dissimulées sous le plâtre, des étrésillons maintenant les murs gouttereaux, et des piliers corsetés de fer, révèlent une intervention qui privilégia la conservation de la substance ancienne par des moyens radicaux, au détriment de l'esthétique et de l'intégrité des tailloirs d'origine. Le couronnement de ces transformations fut la démolition du clocher en 1832, remplacé dès 1833 par un nouveau clocher-porche, œuvre de l'architecte Rousseau de Pontoise. Si ce dernier apporta une nouvelle silhouette, il contribua également à estomper davantage l'identité architecturale première de l'édifice, déjà bien malmenée. L'extérieur révèle cette même stratification, avec un mur occidental plus utilitaire que décoratif, et des contreforts biais d'un goût baroque discret. Le clocher de 1833, simplifiant son architecture de bas en haut, contraste avec les vestiges romans de l'ancien clocher, visibles sur le mur du chœur, témoignages d'une splendeur oubliée. L'église, aujourd'hui inscrite aux monuments historiques, mais n'accueillant que sporadiquement les fidèles, est un exemple éloquent de ces édifices modestes, constamment remaniés par nécessité, dont le charme réside précisément dans cette histoire chaotique et cette authenticité des transformations. Au chapitre du mobilier, l'histoire de la Vierge à l'Enfant assise du XIVe siècle, vendue par le curé au début du XXe siècle et forcée de regagner ses murs par jugement du tribunal en 1907, ajoute une touche anecdotique à la longue vie de ce lieu. Le retable du maître-autel de 1694, avec ses pilastres ioniques et son fronton, tout comme le dais d'autel flamboyant, témoignent de l'attention constante, bien que fluctuante, portée à l'ornementation intérieure.